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mercredi 4 février 2026

50 000 cas de cancer par an : le Maroc submergé

À la veille de la Journée mondiale contre le cancer, l’Organisation mondiale de la santé et le Centre international de recherche sur le cancer ont publié une nouvelle analyse alarmante. Sur les quelque 20 millions de nouveaux cas enregistrés en 2022, près de 40 % pourraient être évités grâce à une action ciblée sur des facteurs de risque identifiés.

L’étude, qui s’appuie sur les données de 185 pays et couvre 36 types de cancers, met en lumière l’impact du tabac, des infections, de l’alcool, de l’obésité, de la sédentarité, de la pollution de l’air ou encore de l’exposition aux rayons UV. À eux seuls, ces facteurs dits modifiables seraient responsables de 7,1 millions de diagnostics. Le cancer du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus représentent la moitié de cette charge évitable.

Ce message s’inscrit dans une stratégie claire; il s’agit de renforcer la prévention pour enrayer une progression que les traitements seuls ne peuvent contenir. Mais dans plusieurs pays, dont le Maroc, le combat contre la maladie se heurte à d’autres réalités.

Avec près de 50 000 nouveaux cas recensés chaque année, le Royaume fait face à une charge croissante. L’incidence s’établit à 137,3 cas pour 100 000 habitants, pour une population estimée à 37 millions. Une tendance qui s’installe dans la durée, alors que les capacités de réponse peinent à suivre.

Le système de santé reste sous tension. La part du PIB dédiée à la santé tourne autour de 6 %, et la couverture médicale, bien qu’élargie, plafonne à 66 %. Les réformes engagées n’ont pas suffi à combler les disparités d’accès ni à réduire les délais de prise en charge. Dans plusieurs régions, notamment rurales, les patients attendent parfois plus de cinq mois avant de pouvoir entamer un traitement. La majorité des structures spécialisées et des oncologues sont concentrés entre Rabat et Casablanca.

Les recommandations de l’OMS mettent l’accent sur les leviers préventifs qui consistent notamment à réduire le tabagisme, promouvoir la vaccination, améliorer la qualité de l’air ou encourager l’activité physique. Mais pour être efficaces, ces mesures doivent s’articuler avec une offre de soins plus accessible.

Le Maroc dispose d’un Plan national de prévention et de contrôle du cancer. Pourtant, les diagnostics tardifs, les ruptures de parcours et les délais d’accès aux traitements limitent l’impact des politiques en place. Sans amélioration concrète de la prise en charge, la prévention ne suffira pas à infléchir durablement la courbe.

L’appel de l’OMS sonne comme un rappel. Le cancer n’est pas une fatalité. Mais les réponses ne peuvent être ponctuelles ni fragmentées. Pour le Maroc, l’enjeu est d’accélérer à la fois sur le front de la prévention et sur celui de l’équité d’accès aux soins.

À mesure que les cas augmentent, chaque retard de diagnostic réduit les chances de survie. Dans ce combat, le temps est une ressource critique. Transformer l’alerte en stratégie opérationnelle est désormais une nécessité.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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