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samedi 10 janvier 2026

« Maroc IA 2030 » : quand l’IA devient une affaire de souveraineté

À Rabat, les lignes ont bougé. L’intelligence artificielle ne se résume plus à un outil d’optimisation technologique. Elle est désormais perçue comme un levier de souveraineté et un indicateur de puissance. Cette idée a dominé les échanges lors des Assises nationales de l’intelligence artificielle, où une certitude a émergé : le Maroc ne peut se permettre de rester en retrait face à une révolution technologique qui redéfinit les rapports de force mondiaux. Le Royaume entend prendre sa place, avec une stratégie affirmée, en développant une IA utile, éthique, et profondément ancrée dans ses besoins.

C’est dans cet esprit qu’a été conçue la feuille de route « Maroc IA 2030 ». Elle trace les contours d’une vision structurée autour de plusieurs priorités : souveraineté technologique, confiance citoyenne, montée en compétences, innovation locale et inclusion des territoires. Pensé comme un cadre d’action plutôt qu’un simple document programmatique, ce plan entend faire de l’intelligence artificielle un catalyseur de transformation économique et administrative.

L’événement « AI Made in Morocco », organisé sous l’égide du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, a permis de donner corps à cette ambition. Présentation des grands axes, premières annonces concrètes et signatures de partenariats ont rythmé la journée. Un projet s’y est imposé comme moteur de cette dynamique : le réseau des Jazari Institutes. Ces centres d’excellence, dont l’inspiration puise dans l’héritage scientifique d’Al-Jazari, visent à articuler la recherche, l’innovation et les usages, avec un ancrage territorial affirmé.

Le lancement de « Jazari Root », premier noyau de ce réseau, marque une étape structurante. Il répond à des défis bien identifiés, notamment le manque de synergie entre les mondes académique et industriel, les difficultés d’essaimage pour les startups technologiques, l’intégration encore incomplète du numérique dans les PME ou encore la fuite de talents. Ce réseau se veut un accélérateur de la stratégie Maroc Digital 2030.

La journée a aussi permis de rappeler que l’IA n’est pas cantonnée aux grands discours. Elle doit irriguer des secteurs concrets, à commencer par l’administration. L’objectif est d’en faire un outil de simplification, d’efficacité et de recentrage sur les besoins de l’usager, en profondeur dans les services publics.

Les discussions autour du cadre réglementaire, de la coopération internationale ou de l’IA dite « de confiance » ont ouvert d’autres perspectives. Le Royaume entend positionner l’intelligence artificielle comme un levier de rayonnement numérique, notamment à travers la coopération Sud-Sud. Le partenariat avec Mistral AI, matérialisé par un laboratoire de R&D commun, illustre cette volonté d’ancrer la recherche dans des projets concrets et à fort potentiel.

Enfin, le lancement du Hackathon Smart ZRM, dédié aux zones rurales et montagneuses, est venu rappeler que cette ambition nationale n’oublie pas les périphéries. Le Maroc entend mobiliser l’IA pour répondre à des besoins cruciaux : agriculture, accès aux services essentiels, gestion des ressources en eau ou désenclavement. Loin d’un projet réservé aux experts, l’IA marocaine se veut un outil d’État, au service de la modernisation, de l’inclusion et de la souveraineté numérique.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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