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mardi 3 février 2026

Marché du ciment : le Conseil de la concurrence pointe certaines dérives

Dans un avis publié en septembre 2025, le Conseil de la concurrence dresse un diagnostic sans concession du marché marocain du ciment. Cette analyse s’inscrit dans une démarche engagée depuis 2022, à la demande de la Chambre des représentants, dans un contexte marqué par une hausse généralisée des prix des matériaux de construction. Comme pour le rond à béton, l’objectif est d’identifier les freins à une concurrence saine dans un secteur stratégique pour l’économie nationale.

Premier constat, le marché du ciment reste extrêmement concentré. Cinq groupes dominent l’activité à travers 14 cimenteries réparties sur le territoire. Cette configuration oligopolistique, bien que conforme au droit, limite les dynamiques concurrentielles. La stabilité apparente des prix, en dépit de la baisse de la demande sur les dernières années, alimente les interrogations. Le Conseil relève que les écarts de prix entre opérateurs sont faibles et les évolutions tarifaires souvent synchrones.

Autre point d’alerte, l’absence de transparence dans les mécanismes de formation des prix. La complexité des circuits de distribution, la multiplicité des intermédiaires et le manque de données accessibles rendent difficile toute lecture claire des marges pratiquées, tant au niveau industriel que commercial. Le Conseil estime que cette opacité nuit au bon fonctionnement du marché et affaiblit la capacité des pouvoirs publics à en assurer la régulation.

L’analyse met également en évidence une surcapacité de production persistante. Malgré un recul de la consommation nationale (passé sous la barre des 13 millions de tonnes par an), les industriels n’ont que partiellement adapté leur offre. Cette situation génère une tension latente entre les impératifs de rentabilité des cimentiers et les équilibres concurrentiels.

Par ailleurs, le rapport souligne le rôle central joué par les distributeurs dans la chaîne de valeur. Leur pouvoir d’influence sur les prix à la sortie des cimenteries, combiné à des pratiques parfois peu lisibles sur le terrain, contribue à brouiller le fonctionnement global du marché.

Dans ses recommandations, le Conseil appelle à une modernisation du cadre réglementaire. Il propose notamment la création d’un observatoire des prix et des marges dans le secteur des matériaux de construction, l’instauration d’obligations de transparence pour les opérateurs et un renforcement des capacités d’enquête. Le régulateur insiste aussi sur la nécessité de favoriser l’entrée de nouveaux acteurs et de revoir certains schémas logistiques pour fluidifier la distribution.

Pour un secteur aussi capital que celui du ciment, pierre angulaire de la politique de logement et des grands travaux d’infrastructure, ces recommandations visent à restaurer un niveau de concurrence jugé insuffisant. Le Conseil alerte sur les risques de dérive en l’absence d’action corrective, dans un contexte où les enjeux de pouvoir d’achat, d’accès au logement et de relance économique restent prioritaires.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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