La flambée des cours du pétrole, alimentée par les tensions persistantes au Moyen-Orient, ravive au Maroc un débat récurrent autour du prix des carburants et du rôle que pourrait jouer l’État pour en atténuer l’impact. À chaque épisode de hausse du brut, la question d’un éventuel allègement fiscal sur l’essence et le gasoil refait surface.
Sur le principe, une réduction de la TVA ou de la taxe intérieure de consommation appliquée aux produits pétroliers entraînerait mécaniquement une baisse du prix à la pompe. Une telle mesure est régulièrement évoquée dans plusieurs pays lorsque les marchés énergétiques connaissent de fortes tensions.
En Europe, certains gouvernements envisagent justement ce levier pour amortir le choc des prix. En Pologne, les autorités ont récemment indiqué examiner une possible baisse de la TVA ou des droits d’accise sur les carburants afin de limiter l’impact de la hausse du pétrole sur les consommateurs. Le ministre des Finances et de l’Économie Andrzej Domanski a évoqué cette option dans un contexte marqué par la volatilité des cours liée au conflit au Moyen-Orient.
Au Maroc, la question se heurte toutefois à plusieurs contraintes structurelles. La fiscalité appliquée aux carburants constitue d’abord une source importante de recettes pour les finances publiques. Une part significative du prix payé par les consommateurs correspond à la TVA et à la taxe intérieure de consommation. Une baisse de ces prélèvements réduirait immédiatement les prix à la pompe mais entraînerait aussi une perte de plusieurs milliards de dirhams pour le budget de l’État. Ces ressources participent notamment au financement des politiques sociales, des infrastructures et des chantiers liés à la généralisation de la protection sociale.
Le débat reste également marqué par l’expérience de l’ancien système de subventions. Jusqu’en 2015, les carburants étaient soutenus par la Caisse de compensation, un dispositif qui permettait de contenir les prix mais qui pesait lourdement sur les finances publiques lorsque les cours du pétrole augmentaient. La libéralisation du marché des hydrocarbures avait précisément pour objectif de réduire cette dépendance budgétaire aux fluctuations du brut. Dans ce contexte, une baisse durable des taxes pourrait être perçue comme un retour indirect à un système de soutien généralisé.
Le débat reste également marqué par les réformes engagées au début de la dernière décennie. Sous le gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane, l’État avait progressivement démantelé le système de subventions des carburants assuré par la Caisse de compensation. Cette décision, mise en œuvre en 2015, visait à réduire la charge budgétaire liée aux fluctuations des cours du pétrole et à assainir les finances publiques.
La libéralisation du marché des hydrocarbures avait précisément pour objectif de mettre fin à ce mécanisme coûteux. Dans ce contexte, une baisse durable des taxes pourrait être perçue comme un retour indirect à un système de soutien généralisé.
La question budgétaire demeure ainsi centrale. Si les prix du pétrole restaient élevés sur une période prolongée, un allègement fiscal sur les carburants pourrait rapidement représenter un coût important pour les finances publiques. Les marges de manœuvre du Maroc restent plus limitées que celles de certaines économies européennes disposant d’assiettes fiscales plus larges pour absorber ce type de choc.
De fait, la stratégie adoptée par les autorités s’oriente davantage vers des mesures ciblées. Plutôt que d’intervenir directement sur la fiscalité des carburants, les pouvoirs publics privilégient des dispositifs d’aide destinés à certains secteurs particulièrement exposés à la hausse des prix de l’énergie, notamment le transport routier, ainsi que des mécanismes de soutien direct aux ménages.
Cette approche vise à atténuer les effets de la hausse des carburants tout en évitant une subvention généralisée qui profiterait indistinctement à l’ensemble des consommateurs, y compris les ménages les plus aisés. Elle traduit également la volonté de préserver l’équilibre des finances publiques dans un contexte marqué par la volatilité persistante des marchés énergétiques.




