OCP Group face à un double défi entre Inde et Ormuz

La chute de la production d’engrais en Inde ouvre une opportunité importante pour le Maroc et pour OCP Group, mais elle intervient dans un contexte où le groupe marocain fait lui aussi face à des tensions sur ses propres approvisionnements.

En mars, l’indice de production du secteur indien des engrais est tombé à son plus bas niveau depuis cinq ans. Les difficultés d’approvisionnement en gaz naturel, la hausse des coûts énergétiques et les perturbations commerciales au Moyen-Orient ont fragilisé plusieurs usines d’urée. L’Inde, premier importateur mondial de ce produit, cherche désormais à renforcer rapidement ses achats extérieurs pour éviter une pénurie avant la mousson d’été.

Cette situation renforce mécaniquement la place du Maroc dans le dispositif indien. New Delhi considère désormais Rabat comme l’un de ses fournisseurs stratégiques pour les engrais phosphatés, aux côtés de la Russie et de la Biélorussie. Les autorités indiennes ont déjà sécurisé 2,5 millions de tonnes d’engrais marocains pour la campagne 2025-2026 afin de couvrir une partie importante de leurs besoins en DAP et en TSP.

Le rôle de OCP Group reste central dans cette relation. Le groupe couvre déjà une part importante des besoins indiens en roche phosphatée, en acide phosphorique et en engrais phosphatés. Dans un marché mondial perturbé par les restrictions chinoises, les tensions logistiques et les prix élevés du gaz, le Maroc apparaît comme l’un des rares producteurs capables de fournir rapidement de grands volumes.

Mais cette position n’est pas sans fragilité. OCP Group dépend lui aussi fortement d’intrants importés, notamment le soufre et l’ammoniac, indispensables à la fabrication de plusieurs engrais phosphatés. Une partie importante de ces flux transite par le Golfe et par le détroit d’Ormuz, devenu l’un des principaux points de tension du commerce mondial.

Le soufre représente aujourd’hui le principal sujet de préoccupation pour le groupe. OCP Group en importe plusieurs millions de tonnes par an et la hausse des tensions régionales a déjà provoqué une flambée des prix. Depuis le début de la crise, le coût du soufre a progressé d’environ 35 %, ce qui alourdit fortement les charges de production.

Pour limiter les risques, OCP Group a diversifié ses fournisseurs vers le Kazakhstan, le Canada, l’Europe, le golfe du Mexique et la mer Rouge. Le groupe affirme également disposer de stocks suffisants pour couvrir ses besoins au moins jusqu’à la fin du mois de juin.

Le groupe adapte aussi son appareil industriel. OCP Group augmente fortement sa production de TSP, un engrais qui nécessite moins de soufre et qui ne dépend pas de l’ammoniac, contrairement au DAP. Cette stratégie permet au groupe de préserver une partie de ses capacités malgré les tensions sur les intrants. Le TSP représentait environ 30 % de la production de OCP Group en 2025 et pourrait dépasser la moitié des volumes cette année.

La principale inconnue reste désormais la durée de la crise autour d’Ormuz. Si les perturbations se prolongent plusieurs mois, OCP Group pourrait avoir plus de mal à maintenir sa production habituelle sur les engrais les plus consommateurs de soufre et d’ammoniac. Le groupe a déjà avancé certaines opérations de maintenance sur plusieurs sites, avec un impact potentiel pouvant atteindre 30 % de sa capacité de production au deuxième trimestre.

Le Maroc conserve donc un avantage stratégique dans cette séquence, car l’Inde a besoin de volumes rapidement disponibles et OCP Group reste l’un des rares acteurs capables de répondre à cette demande. Mais la capacité du groupe à profiter pleinement de cette opportunité dépendra de sa faculté à sécuriser ses propres intrants dans un environnement régional de plus en plus instable.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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