Les actionnaires de Crédit du Maroc ont validé sans opposition les comptes de l’exercice 2025 lors de leur réunion à Casablanca. Le résultat net social atteint un peu plus de 804 millions de dirhams, tandis que le groupe affiche 863 millions. Dans le même mouvement, la distribution d’un dividende de 48 dirhams par action a été entérinée, avec un versement annoncé à partir de juin.
L’image renvoyée est celle d’une séquence maîtrisée, sans débat visible ni remise en cause. Les comptes publiés en amont n’ont subi aucun ajustement et les commissaires aux comptes les certifient réguliers et sincères. Cette validation ne clôt pourtant pas toutes les questions.
Le rapport d’audit met en lumière un point structurant qui dépasse la simple lecture des résultats. L’évaluation du risque de crédit constitue l’axe central autour duquel s’organisent les comptes. En social, les provisions dépassent 3 milliards de dirhams. En consolidé, elles approchent les 4 milliards. Ces montants viennent corriger de façon significative les encours de crédit et traduisent l’exposition de la banque à la qualité de son portefeuille client.
Cette mécanique repose sur des choix internes. La classification des créances, leur passage d’une catégorie à une autre et l’estimation des pertes attendues ne relèvent pas uniquement d’un calcul automatique. Elles intègrent des hypothèses économiques, des scénarios d’évolution et une part de jugement. Les auditeurs insistent sur ce point en le plaçant au cœur de leurs travaux.
Dans les comptes consolidés établis selon les normes internationales, cette dépendance apparaît encore plus marquée. Les modèles utilisés intègrent des projections macroéconomiques qui influencent directement le niveau des dépréciations. Une variation de ces paramètres pourrait modifier sensiblement le résultat affiché.
La décision de distribuer un dividende élevé intervient dans ce contexte. Elle repose sur une confiance affichée dans la solidité du bilan, alors même que celui-ci dépend en partie d’hypothèses évolutives sur le risque client.
En parallèle, la banque poursuit ses mouvements stratégiques. Elle a acquis la moitié du capital de Nema Capital et lancé une nouvelle filiale dédiée aux paiements, Com Pay. Ces opérations traduisent une volonté de diversification, mais élargissent aussi le périmètre d’exposition du groupe, sans que leur impact détaillé soit pleinement développé dans la communication financière.
L’ensemble des résolutions, y compris celles portant sur l’augmentation de capital et la modification des statuts, a été adopté à l’unanimité. Cette absence de dissension tranche avec la complexité des enjeux techniques soulevés dans le rapport d’audit, où la qualité des actifs et l’évaluation du risque de crédit restent des variables sensibles.
Au-delà de la conformité des comptes, le véritable point de vigilance réside dans cette dépendance aux modèles internes. Les résultats sont validés, mais leur robustesse reste étroitement liée aux hypothèses qui les soutiennent. Une réalité discrète dans la communication officielle, mais déterminante pour apprécier la solidité de la banque.



