Les marchés mondiaux ont évolué jeudi sous l’effet d’un brusque retournement des cours du pétrole. Après avoir atteint en Asie leurs plus hauts niveaux depuis 2022, sur fond de craintes liées à une prolongation du conflit au Moyen-Orient, les prix du brut ont nettement reflué en séance européenne.
Vers 12h15 GMT, le Brent de la mer du Nord reculait de 3,26 pour cent, à 114,18 dollars le baril. Il avait pourtant franchi plus tôt le seuil des 126 dollars, un niveau inédit depuis le choc provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie début 2022. Le WTI américain cédait de son côté 1,78 pour cent, à 104,98 dollars.
La flambée initiale avait été alimentée par des informations du média américain Axios, selon lesquelles Donald Trump devait recevoir jeudi un briefing consacré à de nouveaux plans liés à une éventuelle action militaire en Iran. Cette perspective avait ravivé les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial, dans une région déjà sous forte tension.
Le mouvement s’est ensuite inversé, sans que le contexte géopolitique ne se soit réellement détendu. Daniela Hathorn, analyste chez Capital.com, souligne que peu d’éléments se sont améliorés sur le fond. Le détroit d’Ormuz reste sous pression, alors que ce passage stratégique assurait avant le conflit environ 20 pour cent des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Le repli des cours s’explique davantage par des prises de bénéfices et par un apaisement partiel de la peur sur les marchés. Selon l’analyste, les investisseurs semblent considérer que les scénarios les plus extrêmes, comme un blocage durable du détroit ou la destruction d’infrastructures majeures, ne gagnent plus en probabilité. À ces niveaux de prix, une simple perception de nouvelles moins défavorables peut suffire à déclencher une baisse marquée.
Stephen Innes, gérant de SPI AM, observe lui aussi un marché moins dominé par les hypothèses les plus alarmistes. Les investisseurs semblent privilégier une trajectoire faite de perturbations limitées et d’un ajustement progressif de l’offre.
Ce recul du pétrole a soutenu les principales places européennes, sensibles à l’évolution des coûts de l’énergie. À 12h15 GMT, Francfort progressait de 0,74 pour cent, Londres avançait de 1,41 pour cent et Milan gagnait 0,12 pour cent. Paris restait légèrement dans le rouge, en baisse de 0,10 pour cent. À Wall Street, les contrats à terme annonçaient une ouverture positive.
Les marchés américains restent aussi portés par une nouvelle salve de résultats d’entreprises, notamment dans la technologie. Alphabet a dépassé les attentes au premier trimestre, tout comme Amazon. Microsoft a également fait état d’une hausse de son chiffre d’affaires et de son bénéfice net. Avant l’ouverture, Alphabet bondissait de 7,99 pour cent, Amazon gagnait 3,64 pour cent, tandis que Microsoft reculait de 1,60 pour cent.
Meta a publié des résultats supérieurs aux prévisions, soutenus par l’intégration de l’intelligence artificielle, mais son titre chutait de 9,43 pour cent dans les échanges avant Bourse. Les investisseurs ont sanctionné le relèvement de ses prévisions d’investissements, déjà jugées très élevées.
En Asie, les marchés avaient clôturé en baisse, encore sous l’effet de la poussée du pétrole pendant la séance régionale. Tokyo a perdu 1,06 pour cent et Séoul a reculé de 1,38 pour cent, malgré un nouveau sommet brièvement atteint par le Kospi à l’ouverture. La dépendance du continent aux hydrocarbures du Golfe continue d’amplifier la nervosité des investisseurs.
Les banques centrales restent également au centre de l’attention. La Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 pour cent, tout en abaissant ses prévisions de croissance pour l’économie britannique, sur fond d’incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient. La Banque centrale européenne a elle aussi laissé son principal taux inchangé, à 2 pour cent. La veille, la Réserve fédérale américaine avait maintenu ses taux entre 3,50 et 3,75 pour cent, conformément aux attentes.



