La session de mai du Conseil de Casablanca a livré un signal plus politique qu’il n’y paraît. Au milieu des conventions budgétaires, des dossiers fonciers et des projets d’équipements de proximité, la création de la Société de développement local Casablanca Gares Voyageurs ouvre un chantier sensible pour la capitale économique. La ville ne parle plus seulement de réhabiliter la gare routière Ouled Ziane. Elle se dote d’un outil appelé à gérer et exploiter ses gares routières, ainsi que les équipements qui leur sont liés.
Le sujet peut sembler technique. Il touche pourtant à l’un des points faibles les plus visibles de la gestion urbaine casablancaise. Les gares routières concentrent des flux massifs, des usages informels, des tensions de circulation, des besoins de sécurité, des enjeux sociaux et une forte pression sur les quartiers qui les entourent. Longtemps restées en marge du récit sur les grands projets de mobilité, elles reviennent aujourd’hui dans le champ de l’action communale par la voie d’une gouvernance dédiée.
Réuni jeudi sous la présidence de Nabila Rmili, le Conseil de la commune a approuvé un avenant modificatif à la convention relative à la réhabilitation de la gare routière Ouled Ziane. Ce projet vise à accompagner la modernisation de cette infrastructure et l’amélioration de son environnement immédiat. Mais la décision la plus structurante réside dans la création de Casablanca Gares Voyageurs, dont les documents constitutifs ont également été adoptés.
Avec cette SDL, la commune cherche à passer d’une logique d’intervention ponctuelle à une gestion plus organisée de ces équipements. La nouvelle structure aura pour mission de prendre en charge l’exploitation des gares routières sur le territoire communal. À travers elle, Casablanca tente de traiter les gares comme des infrastructures de mobilité à part entière, et non comme de simples espaces de transit laissés à des équilibres fragiles.
Le cas de Ouled Ziane illustre cette bascule. Cette gare routière occupe une place centrale dans les déplacements interurbains, mais son fonctionnement pèse depuis des années sur son environnement. Sa réhabilitation pose donc une question plus large que celle des travaux. Elle renvoie à la capacité de la ville à organiser les accès, encadrer les services, améliorer les conditions d’accueil des voyageurs et remettre de l’ordre dans un espace traversé par de nombreux acteurs.
Ce chantier arrive dans une séquence où Casablanca multiplie les outils de gestion urbaine autour de ses équipements stratégiques. Les transports, les déchets, les espaces publics, les parkings, les marchés ou les infrastructures sportives sont désormais traités à travers des conventions, des sociétés dédiées et des dispositifs de pilotage plus spécialisés. Les gares routières entrent à leur tour dans cette logique.
La portée de cette décision dépasse la seule mobilité. Une gare routière bien gérée agit sur l’image de la ville, la fluidité des déplacements, la sécurité des voyageurs, l’activité économique locale et la qualité de vie des riverains. Elle peut aussi devenir un point d’articulation avec d’autres modes de transport, à condition que la commune parvienne à coordonner exploitation, aménagement et contrôle des usages.
Cette orientation s’inscrit dans une session marquée par plusieurs décisions de développement. Le Conseil a notamment programmé 68 millions de dirhams reçus de la Région Casablanca-Settat pour le centre d’enfouissement et de valorisation des déchets ménagers. Il a aussi adopté une convention avec la Société régionale multiservices Casablanca-Settat pour l’utilisation des eaux usées traitées dans l’arrosage des espaces verts.
Les élus ont par ailleurs validé plusieurs opérations foncières destinées à des équipements publics, des voies d’aménagement, des terrains de sport et des jardins. Parmi les projets concernés figurent un centre d’exposition des produits de l’artisanat au quartier des Hôpitaux, une médiathèque et une salle de conférences à Ben M’Sik, ainsi qu’un jardin public au quartier Boujdour à Mers Sultan.
D’autres conventions ont porté sur la construction d’une salle couverte omnisports à Sidi Othmane, la réhabilitation de marchés et d’équipements culturels, ou encore la restauration des anciens abattoirs de Casablanca. Le Conseil a également approuvé des projets à caractère social et sanitaire, dont un espace d’accueil destiné aux patients atteints de cancer au CHU Ibn Rochd et le soutien aux programmes de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.
Plusieurs dossiers ont été reportés à une séance ultérieure. Ils concernent notamment des questions financières, foncières, sportives et environnementales. D’autres points, liés aux parkings communaux, à l’urbanisme, aux opérations foncières et à la gestion déléguée du centre de valorisation des déchets, doivent encore être examinés lors de la deuxième séance de la session ordinaire de mai.
Dans cet ensemble dense, la création de Casablanca Gares Voyageurs apparaît comme un marqueur discret mais important. Elle dit quelque chose de la manière dont Casablanca cherche à gouverner ses infrastructures les plus sensibles. La réussite de ce chantier se mesurera moins à l’existence d’une nouvelle structure qu’à sa capacité à transformer concrètement l’expérience des voyageurs, l’ordre autour des gares et l’intégration de ces équipements dans la ville.

