Rapprochement Stellantis Leapmotor : ce que ça change pour le Maroc

Pour le Maroc, l’annonce de Stellantis et du chinois Leapmotor ne se résume pas à une nouvelle opération industrielle en Espagne. Elle confirme surtout l’accélération de la bataille autour du véhicule électrique abordable, un terrain sur lequel le Royaume cherche déjà à renforcer sa place dans les chaînes de valeur automobiles.

Le projet présenté par Stellantis prévoit de muscler la production électrique sur ses sites espagnols de Saragosse et de Madrid. À Figueruelas, le groupe étudie l’ajout d’une ligne dédiée à un nouveau C-SUV électrique Opel à partir de 2028, en plus du modèle Leapmotor B10 envisagé dès 2026. À Villaverde, un autre véhicule Leapmotor pourrait être attribué à l’usine madrilène à partir du premier semestre 2028.

Cette montée en puissance européenne a une lecture directe pour le Maroc. Stellantis dispose déjà d’un ancrage industriel majeur à Kénitra, dont la capacité doit être portée à 535 000 véhicules par an, micromobilité incluse, dans le cadre d’un investissement d’environ 1,2 milliard d’euros. Le site marocain produit notamment des modèles de micromobilité électrique comme la Citroën Ami, l’Opel Rocks-e et la Fiat Topolino, avec un objectif de hausse de production de 20 000 à 70 000 unités annuelles.

L’accord avec Leapmotor montre que Stellantis entend combiner plusieurs bases industrielles pour répondre à la pression sur les coûts, à la demande européenne et à la concurrence chinoise. L’Espagne apparaît ici comme une plateforme pour les SUV électriques destinés au marché européen. Le Maroc, lui, conserve un rôle stratégique sur les modèles compacts, la micromobilité électrique, les motorisations hybrides et la compétitivité industrielle.

La présence de Leapmotor au Maroc donne aussi une portée locale à cette alliance. La marque chinoise est distribuée dans le Royaume par Sopriam, le réseau de Stellantis Maroc, avec une feuille de route visant à installer progressivement son offre sur le marché marocain. Le partenariat ne concerne donc pas seulement l’Europe industrielle, mais aussi la diffusion commerciale de nouvelles marques électriques dans la région.

Pour l’écosystème marocain, le principal enjeu se situe dans la capacité à capter davantage de contenu industriel autour de l’électrique. Stellantis et Leapmotor veulent s’appuyer sur l’écosystème chinois des véhicules à énergie nouvelle, tout en mobilisant les chaînes d’approvisionnement européennes. Dans cette recomposition, le Maroc peut défendre ses atouts industriels, sa base d’équipementiers, sa proximité avec l’Europe et ses investissements dans les composants liés à la mobilité électrique.

Le Royaume avance déjà sur ce terrain. Le secteur automobile marocain s’est imposé comme un pilier exportateur, avec des ventes à l’étranger qui ont atteint 157 milliards de dirhams en 2024, selon Reuters. Le pays cherche aussi à relever le taux d’intégration locale à 75 pour cent d’ici 2030, contre 69 pour cent actuellement, dans un contexte marqué par l’arrivée d’investissements liés aux batteries et aux matériaux pour véhicules électriques.

L’annonce de Stellantis et Leapmotor peut donc être lue comme un signal. La concurrence entre plateformes industrielles s’intensifie, y compris au sein d’un même groupe. Pour le Maroc, l’enjeu sera de rester dans le cœur des arbitrages de Stellantis au moment où le groupe répartit ses futurs modèles électriques entre l’Europe, la Chine et ses bases à forte compétitivité.

À court terme, le communiqué ne mentionne pas l’attribution d’un nouveau modèle Leapmotor à Kénitra. Mais il confirme une direction industrielle qui concerne directement le Maroc. Le véhicule électrique abordable devient un axe central de Stellantis, et le Royaume dispose déjà d’une base productive capable de peser dans cette transition.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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