Ford place le Maroc au cœur de son plaidoyer pour l’industrie automobile européenne. Le constructeur américain, qui prépare un large déploiement de produits et de services sur le vieux continent, estime que les règles du Made in Europe doivent tenir compte des chaînes d’approvisionnement réellement intégrées, où des partenaires comme le Maroc, la Turquie et le Royaume-Uni jouent un rôle important.
Cette position intervient alors que Ford présente une nouvelle étape de sa stratégie européenne, portée par la plateforme mondiale Ready Set Ford. Le groupe veut renforcer sa présence dans les véhicules utilitaires, les services connectés, l’électrification et les modèles inspirés de l’univers du rallye.
Pour Ford, la compétitivité européenne ne peut pas être pensée uniquement à l’intérieur des frontières de l’Union européenne. Le constructeur insiste sur la place des partenaires industriels régionaux, dont le Maroc, dans l’équilibre des coûts, de la production et de l’approvisionnement. Restreindre ou exclure ces marchés reviendrait, selon le groupe, à fragiliser l’industrie européenne et à renchérir les prix pour les consommateurs.
Le message est important pour le Royaume, dont l’écosystème automobile s’est imposé comme l’un des plus structurés de la région. En citant explicitement le Maroc, Ford reconnaît le rôle des plateformes industrielles proches de l’Europe dans la chaîne de valeur automobile, au moment où le secteur doit composer avec la transition électrique, la pression réglementaire et la concurrence internationale.
Le constructeur appelle également à une approche plus réaliste des objectifs de réduction des émissions. Ford défend une transition alignée sur la demande réelle des clients et sur le rythme de déploiement des infrastructures de recharge. Le groupe estime qu’une réglementation trop rapide pourrait pousser les acheteurs à conserver plus longtemps des véhicules anciens, au lieu d’accélérer le renouvellement du parc.
Dans les utilitaires, Ford met en avant les difficultés des petites entreprises. Les fourgons électriques ne représenteraient encore que 10 pour cent des nouveaux véhicules dans ce segment, en raison d’infrastructures de recharge insuffisamment adaptées et de délais d’accès au réseau pour les dépôts professionnels.
Sur le plan commercial, Ford Pro poursuit sa transformation vers un modèle de services connectés. Les données des véhicules permettent d’anticiper certaines pannes, de réduire les immobilisations et d’améliorer la productivité des flottes. Les premiers projets pilotes font état de temps de réparation réduits jusqu’à 50 pour cent, avec 80 pour cent des interventions identifiées de manière proactive.
Le constructeur élargit aussi son offre avec le Ranger Super Duty, destiné aux usages les plus exigeants, et le Transit City, un fourgon 100 pour cent électrique conçu pour les flottes urbaines. D’ici fin 2029, Ford prévoit également cinq nouveaux véhicules de tourisme fabriqués en Europe pour l’Europe, dont un nouveau SUV compact de la famille Bronco produit à Valence à partir de 2028.
À travers cette stratégie, Ford cherche à concilier électrification, compétitivité industrielle et réalisme réglementaire. Pour le Maroc, la séquence confirme surtout une donnée majeure. Le Royaume est désormais considéré par un acteur mondial comme un maillon utile de l’industrie automobile internationale.

