L’informel pèse 32,5 % du PIB au Maroc, selon le CSEPP

L’économie informelle reste l’un des grands chantiers structurels du Maroc. Selon un policy paper publié par le Centre Sanabil des études et des politiques publiques, 77 % de la population active marocaine échappe encore aux régimes contributifs de la CNSS et de la CNOPS, tandis que le secteur informel représente 32,5 % du PIB.

Le document, signé par le vice-président du CSEPP, Youssef Guerraoui Filali, plaide pour une stratégie « Formalisation 2035 » visant à réduire le poids de l’informel et à mieux intégrer les petites unités dans l’économie organisée.

Selon les données du Haut-Commissariat au Plan reprises dans le policy paper, le Maroc compte 2,03 millions d’unités de production informelle en 2023. Leur nombre a progressé de plus de 30 % en seize ans, passant de 1,55 million en 2007 à 1,68 million en 2014, puis à 2,03 millions en 2023.

Le poids de l’informel dans le PIB a, lui, fortement augmenté. Il est passé de 14 % à 32,5 % en 2025, une évolution qui confirme, selon Youssef Guerraoui Filali, le caractère désormais structurel de ce pan de l’économie marocaine.

L’informel reste principalement urbain. D’après les données citées, 77 % des unités de production informelle sont implantées en ville, contre 23 % en milieu rural. Trois régions concentrent une large part de cette activité, Casablanca-Settat avec 23 %, Rabat-Salé-Kénitra avec 14 % et Marrakech-Safi avec 13 %.

Le commerce demeure le premier secteur concerné. Il représente 48 % des unités en milieu urbain et 44 % en milieu rural. L’activité est très majoritairement portée par des hommes, qui représentent plus de 91 % des opérateurs, contre 9 % de femmes.

Le policy paper souligne également le caractère très fragmenté de ce tissu économique. Plus de 85 % des unités fonctionnent sans salarié. Une part importante des actifs exerce sans local professionnel, notamment au domicile des clients ou à l’aide d’un objet mobile comme une voiture, une charrette ou une moto.

Le coût de cette économie parallèle est aussi fiscal et concurrentiel. Selon le document, l’informel exerce une pression directe sur les entreprises formelles, avec des prix pouvant être inférieurs de 45 % dans certains segments. La pression fiscale, estimée à 24 % du PIB en 2025 contre 20 % en moyenne dans les pays en développement, est présentée comme l’un des freins à la formalisation.

L’accès au financement constitue un autre blocage pour les indépendants, les artisans et les très petites entreprises. Les unités informelles restent également peu intégrées aux chaînes de valeur et davantage exposées aux chocs économiques, climatiques ou géopolitiques.

Pour les travailleurs, l’informel signifie souvent faibles revenus, absence de protection sociale et perspectives limitées. Le document relève toutefois que 75 % des chefs d’unités de production informelle considèrent leur activité comme avantageuse, principalement en raison de la flexibilité des horaires et du sentiment d’indépendance.

La stratégie proposée par le CSEPP repose sur six chantiers. Le premier concerne la structuration des petites unités, notamment à travers des zones d’activité économique dédiées, avec des locaux aménagés, des loyers adaptés et une logistique mutualisée.

Le deuxième axe porte sur l’entrepreneuriat. Youssef Guerraoui Filali propose de relever les plafonds de chiffre d’affaires du statut d’auto-entrepreneur et de supprimer le plafond de 80.000 dirhams par client, considéré comme un frein au développement du dispositif.

Le troisième chantier concerne l’équité fiscale. Le document juge nécessaire de mieux différencier les entreprises selon leur taille et leur niveau de bénéfice. Il évoque également un alignement du taux d’impôt sur le revenu sur les 20 % appliqués aux sociétés sous statut Casablanca Finance City, contre 37 % aujourd’hui pour les salariés des PME.

Les autres axes portent sur l’orientation de la commande publique vers les unités de production informelle via des boutiques digitales, le renforcement de la traçabilité par la facturation électronique et la protection des travailleurs à travers des contrats simplifiés et des contrôles ciblés de la CNSS.

Le chantier de la généralisation de la protection sociale apparaît comme un levier central. Pour le CSEPP, l’attractivité du formel dépendra aussi de la capacité à offrir, en contrepartie de la contribution fiscale et sociale, une couverture santé, des services publics et des perspectives économiques plus lisibles.

L’objectif fixé est de ramener la part de l’informel de 32,5 % à 20 % du PIB à l’horizon 2035. Un recul de plus de douze points qui suppose, selon le policy paper, une meilleure coordination entre politique fiscale, stratégie industrielle, protection sociale et accompagnement entrepreneurial.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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