Le retrait annoncé de Sound Energy du Maroc change la lecture du dossier Tendrara. La société britannique a conclu un accord contraignant pour céder à Managem sa participation résiduelle de 20 % dans la concession d’exploitation de Tendrara, via la vente de l’intégralité des actions de Sound Energy Merijada Ltd.
L’opération marque une nouvelle étape dans la recomposition du tour de table autour de ce projet gazier. Sound Energy avait déjà cédé 55 % de ses parts à Managem en 2024. Avec cette nouvelle transaction, le groupe britannique s’oriente vers une sortie de ses actifs marocains, tandis que Managem renforce son exposition sur un dossier stratégique pour le secteur énergétique national.
Le produit global attendu par Sound Energy s’élève à 57 millions de dollars, sous réserve d’ajustements liés au fonds de roulement. Le montant comprend un paiement nominal d’un dollar pour les actions de Sound Energy Merijada Ltd, ainsi que le remboursement de prêts consentis par Sound Energy à sa filiale.
La sortie ne concerne pas seulement Tendrara. Dans le cadre du désinvestissement, Arran Energy Holdings Ltd, filiale de Sound Energy, renoncera aussi à sa participation non opérationnelle de 27,5 % dans le permis d’exploration d’Anoual et abandonnera ses droits restants sur le permis du Grand Tendrara.
Pour Sound Energy, cette cession répond d’abord à un impératif financier. Le groupe prévoit d’utiliser le produit de l’opération pour rembourser par anticipation ses euro-obligations en circulation, notamment des titres de premier rang sécurisés à 5 % d’un montant de 28,8 millions d’euros, dont l’échéance initiale était fixée à décembre 2027. L’objectif affiché est de réduire l’endettement et de renforcer le bilan.
La réaction du marché a été brutale. L’action Sound Energy a fortement chuté à Londres après l’annonce, signe que les investisseurs ont surtout retenu la sortie du Maroc, les retards du projet Tendrara et la nécessité pour la société d’assainir sa structure de capital.
Côté marocain, le signal est différent. La transaction, encore soumise à l’approbation des actionnaires et des autorités marocaines, pourrait renforcer le contrôle de Managem sur des actifs gaziers locaux. Elle intervient alors que la première production de gaz de Tendrara, initialement attendue en octobre 2025, est désormais annoncée pour le troisième trimestre 2026.
Le projet a subi des retards et des pressions inflationnistes touchant les dépenses d’investissement comme les charges d’exploitation. La décision finale d’investissement sur la phase II du développement reste, elle, soumise à une évaluation complémentaire des partenaires de la coentreprise.
L’enjeu pour le Maroc dépasse donc la simple sortie d’un investisseur étranger. Le dossier illustre une forme de marocanisation progressive d’un actif énergétique sensible, au moment où la maîtrise des ressources locales et la sécurisation de l’approvisionnement gazier prennent une place croissante dans les arbitrages industriels et énergétiques.
Pour Sound Energy, la vente doit ouvrir une nouvelle séquence hors du Maroc, avec un bilan allégé et une trésorerie attendue de 11 millions de dollars si la transaction est finalisée au 31 juillet et si la dette est éliminée du bilan. Pour Managem, elle pourrait renforcer une position déjà significative dans Tendrara, sous réserve des validations nécessaires.
La suite se jouera donc sur deux plans. D’un côté, la capacité de Sound Energy à finaliser sa sortie et à restructurer sa dette. De l’autre, la capacité des partenaires restants, avec Managem en première ligne, à faire avancer Tendrara vers la production effective après les reports annoncés.

