Puneet Talwar replace le dossier iranien sur le terrain du rapport de force. Ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc et ancien conseiller de Barack Obama sur l’Iran, le diplomate américain estime que Washington dispose encore de temps dans son bras de fer avec Téhéran, mais que la pression militaire et économique ne suffira pas à elle seule à produire un accord.
Invité de l’émission The Close sur Bloomberg, aux côtés de Katie Greifeld et Isabelle Lee, Puneet Talwar a analysé les négociations en cours entre les États-Unis et l’Iran autour d’un possible accord intérimaire. Selon la présentation reprise par Zonebourse, ces discussions restent compliquées, alors que des informations font état d’une suspension des pourparlers en raison des affrontements au Liban. Le président Donald Trump continue pourtant d’afficher son optimisme sur la poursuite du dialogue avec Téhéran.
La lecture de Talwar est plus prudente. Dans la transcription de son intervention publiée sur LinkedIn, l’ancien responsable américain reconnaît que le blocus naval américain impose un coût important à l’Iran. Il évoque des centaines de millions de dollars par jour et des milliards de dollars si la situation devait durer un mois. Mais il doute que cette pression suffise, à elle seule, à pousser Téhéran vers un compromis. Selon lui, les bombardements intenses des dernières semaines, malgré la destruction de milliers de cibles, n’ont pas conduit l’Iran à céder.
Pour Puneet Talwar, le levier militaire doit donc être articulé à une démarche diplomatique. C’est le cœur de son analyse. Washington et Téhéran doivent, selon lui, sortir d’une logique de maximalisme pour identifier ce qui est réellement indispensable à chacun. Du côté américain, l’objectif central reste d’obtenir des garanties vérifiables empêchant l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. À cela s’ajoute désormais la nécessité de maintenir les détroits ouverts, un enjeu que le conflit a placé au premier plan.
Côté iranien, Talwar identifie trois attentes principales. Téhéran cherche un allègement des sanctions, veut obtenir l’assurance de ne pas subir de nouvelles attaques et souhaite pouvoir gérer sa relation avec Washington dans un cadre différent. Cette grille de lecture montre que l’ancien diplomate ne réduit pas la négociation à un simple bras de fer militaire. Il y voit plutôt une équation de sécurité, de sanctions, de garanties et de circulation maritime.
Le détroit d’Ormuz occupe une place centrale dans son raisonnement. Talwar le décrit comme le principal levier de l’Iran dans la séquence actuelle. La fermeture du détroit et ses effets sur l’économie mondiale auraient, selon lui, modifié la perception du rapport de force. L’Iran pourrait considérer qu’il tient une partie de l’économie mondiale sous pression, tandis que les États-Unis estiment que leurs frappes et leur blocus les placent en position de force.
C’est précisément cette divergence de perception qui rend l’issue difficile. Talwar ne voit pas encore les conditions d’un règlement rapide. Il relève toutefois quelques signes de rapprochement, notamment des informations selon lesquelles les États-Unis se seraient rapprochés de la position iranienne sur une capacité limitée d’enrichissement, peut-être après une période de vingt ans. Mais il reste réservé. Il dit ne pas être encore optimiste et considère qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir.
Son analyse accorde aussi une place à la Chine. Pékin est présenté comme un acteur capable d’influencer Téhéran, sans pour autant vouloir prendre la tête d’un règlement régional. Talwar rappelle que la Chine entretient un partenariat stratégique avec l’Iran, mais souligne aussi ses liens économiques avec les voisins et adversaires régionaux de Téhéran, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Israël. Selon lui, ces relations pèsent davantage dans les calculs économiques chinois que la relation avec l’Iran, même si ce dernier reste un fournisseur important de pétrole.
L’ancien négociateur estime que la Chine pourrait jouer un rôle utile au moment décisif, si un accord devenait accessible. Son rôle serait alors moins celui d’un médiateur de premier plan que d’un acteur capable d’aider l’Iran à franchir la dernière étape. Talwar dit avoir observé, lors de précédentes négociations nucléaires avec les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, que les responsables iraniens prêtaient attention aux interventions chinoises lorsque Pékin choisissait de s’exprimer.
Le profil de Puneet Talwar donne un relief particulier à cette analyse. Ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc, il a aussi été conseiller principal du président Obama sur le dossier iranien. Son intervention intervient à un moment où les marchés, les capitales occidentales et les partenaires régionaux suivent de près l’évolution des discussions entre Washington et Téhéran.

