Tensions au Moyen-Orient : Royal Air Maroc joue la carte de la prudence

Royal Air Maroc avance avec prudence dans un ciel encore instable. Alors que plusieurs compagnies aériennes rétablissent progressivement certaines liaisons vers le Moyen-Orient, la compagnie nationale maintient l’annulation de ses vols vers Doha jusqu’au 30 juin.

Cette décision place RAM dans le camp des transporteurs qui préfèrent temporiser plutôt que reprendre trop vite leurs opérations vers une région encore perturbée. Le conflit continue de peser sur les flux de trafic, même si certaines compagnies du Moyen-Orient ont commencé à renforcer leurs capacités. À l’inverse, de nombreux transporteurs non basés dans le Golfe continuent de détourner leurs vols Europe-Asie pour éviter les espaces aériens les plus sensibles.

Pour Royal Air Maroc, la prudence s’explique d’abord par le risque opérationnel. Dans le transport aérien, une liaison ne se limite pas à la disponibilité d’un avion et d’un équipage. Elle dépend aussi de la stabilité des couloirs aériens, de la visibilité sur les horaires, des possibilités de déroutement, de la coordination avec les autorités locales et de la capacité à maintenir un programme fiable pour les passagers. Lorsque l’environnement régional reste incertain, la suspension temporaire devient un outil de gestion du risque autant qu’une décision commerciale.

La ligne vers Doha mets en avant cette logique. La capitale qatarie est un hub stratégique dans les échanges entre l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Mais dans un contexte de tensions régionales, elle s’inscrit aussi dans une zone où les compagnies doivent arbitrer entre maintien de la connectivité, coûts additionnels et sécurité opérationnelle. En annulant ses vols jusqu’à fin juin, RAM donne la priorité à la stabilité de son programme, quitte à réduire temporairement son offre.

La compagnie marocaine n’est pas isolée. Air France a suspendu ses vols vers Tel-Aviv jusqu’au 14 juin, ainsi que ses liaisons vers Beyrouth et Dubaï jusqu’au 17 juin. KLM a prolongé la suspension de ses vols vers Riyad et Dammam jusqu’au 12 juillet, et vers Dubaï jusqu’au 2 août. Lufthansa Group maintient de son côté plusieurs suspensions vers des destinations comme Dubaï, Abou Dhabi, Beyrouth, Riyad, Erbil, Mascate ou Téhéran, selon les cas et les compagnies du groupe.

Le mouvement touche aussi les transporteurs asiatiques, européens et nord-américains. Cathay Pacific a suspendu ses vols vers Dubaï et Riyad jusqu’au 31 août. Japan Airlines a interrompu ses vols réguliers entre Tokyo et Doha jusqu’à fin juillet ou début août selon le sens de la liaison. Air Canada a annulé ses vols vers Tel-Aviv et Dubaï jusqu’au 7 septembre. Cette accumulation de suspensions montre que le marché reste dans une phase d’ajustement, malgré les reprises partielles annoncées par certains acteurs.

À cette contrainte géopolitique s’ajoute une pression économique plus diffuse, celle du carburant. Royal Air Maroc a déjà été directement exposée à la hausse du coût du kérosène. Fin mai, plusieurs médias ont rapporté la suspension provisoire de douze lignes internationales de RAM vers des destinations africaines et européennes, en lien avec l’augmentation du prix du carburant aérien et le ralentissement de la demande sur certaines routes.

Ce point est important, car il élargit la lecture du dossier. La suspension vers Doha relève du contexte régional et des perturbations aériennes liées au conflit. Mais elle intervient aussi dans un moment où la structure de coûts des compagnies est fragilisée par le carburant. Quand les routes doivent être allongées pour éviter certaines zones, les avions consomment davantage. Quand les prix du kérosène montent, les marges se resserrent. Quand la demande ralentit sur certaines lignes, l’équilibre économique d’une liaison devient plus difficile à tenir.

La question du kérosène ne s’arrête pas seulement au prix. Des tensions d’approvisionnement ont aussi été signalées au Maroc plus tôt dans l’année. En février, un bulletin d’alerte avait évoqué une disponibilité critique du carburant aviation dans les aéroports marocains, avec des consignes invitant les compagnies à prendre leurs précautions et, pour certains vols long-courriers, à embarquer suffisamment de carburant pour le trajet retour.

Pour RAM, l’enjeu est d’autant plus sensible que la compagnie opère depuis Casablanca comme plateforme de connexion entre le Maroc, l’Afrique, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord. La solidité d’un hub dépend de la régularité des correspondances. Une perturbation sur une ligne internationale peut avoir des effets en chaîne sur les rotations, les passagers en transit, les appareils disponibles et la ponctualité du programme.

La prudence de Royal Air Maroc peut donc se lire comme une stratégie de protection du réseau. Plutôt que d’entretenir une desserte exposée à des annulations répétées, la compagnie choisit de clarifier son calendrier sur Doha jusqu’à fin juin. Pour les passagers, cette visibilité permet d’anticiper. Pour l’entreprise, elle limite le risque de désorganisation.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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