Tamwilcom change d’échelle avec son nouveau plan stratégique 2026-2030, mais la réussite de l’exercice dépendra d’un point central encore sensible au Maroc, la capacité à transformer les mécanismes de garantie en financement réellement accessible pour les entreprises.
L’institution financière a lancé, mercredi à Salé, son plan Jossour 2030, lors d’une cérémonie présidée par Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances et présidente du Conseil d’administration de Tamwilcom. Le plan prévoit la mobilisation de 300 milliards de dirhams de financements, pour un volume d’engagements de 170 milliards de dirhams.
L’ambition affichée est large. Tamwilcom entend mobiliser plus de 60 milliards de dirhams d’investissements privés cumulés sur la période, soutenir la création de 45.000 emplois bruts par an et accompagner près de 435.000 bénéficiaires à l’horizon 2030.
Ces chiffres donnent la mesure du rôle que l’État veut assigner à Tamwilcom dans le financement de l’économie. Ils posent aussi une question de fond. Après la transformation de la Caisse Centrale de Garantie en Tamwilcom, engagée en 2020, l’enjeu n’est plus seulement de renforcer les outils de garantie. Il est de vérifier si ces dispositifs permettent effectivement aux très petites, petites et moyennes entreprises d’accéder au crédit dans de meilleures conditions, sur l’ensemble du territoire.
Nadia Fettah a replacé ce nouveau plan dans la trajectoire de transformation économique et sociale du Royaume, conduite sous la vision éclairée de S.M. le Roi Mohammed VI. La ministre a souligné la résilience du Maroc face aux crises successives, aux tensions géopolitiques et aux perturbations de l’économie mondiale. Elle l’a liée à une vision de long terme, à la poursuite des réformes et à la préservation des équilibres macroéconomiques, tout en insistant sur la nécessité de renforcer l’investissement et la compétitivité.
Le discours public autour de Jossour 2030 insiste sur le rôle du secteur privé. Pour Nadia Fettah, un secteur privé fort suppose un accès au financement plus fluide, inclusif et efficace. C’est précisément sur ce terrain que Tamwilcom sera attendue. Les TPME constituent l’essentiel du tissu économique national, mais restent souvent confrontées à des difficultés d’accès au financement, en particulier lorsqu’elles sont jeunes, peu capitalisées ou situées en dehors des grands centres économiques.
Le plan veut aussi élargir le périmètre d’intervention de Tamwilcom. Une convention signée avec le ministère de l’Économie et des Finances et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc vise à soutenir le financement des entreprises de taille intermédiaire, désormais intégrées au champ d’action de l’institution, tout en renforçant la mobilisation du secteur bancaire en faveur des TPME.
Ce double objectif sera délicat à équilibrer. L’accompagnement des entreprises de taille intermédiaire peut avoir un effet d’entraînement sur l’investissement, mais il ne devra pas se faire au détriment des plus petites structures, qui sont souvent les plus éloignées des circuits bancaires classiques. Le risque, pour Tamwilcom, serait de concentrer l’impact sur les entreprises déjà capables de présenter des dossiers solides, au lieu de corriger les angles morts du financement.
La territorialisation constitue l’autre promesse du plan. La convention conclue avec l’Association des Régions du Maroc prévoit le développement de solutions de financement adaptées aux besoins des douze Régions du Royaume. Là encore, le principe est pertinent. Mais son efficacité dépendra de la capacité à traduire ces partenariats en produits lisibles, rapides et réellement adaptés aux économies locales, plutôt qu’en dispositifs supplémentaires difficiles à mobiliser pour les entrepreneurs.
Jossour 2030 se présente ainsi comme une réponse à plusieurs contraintes connues, le financement des TPME, l’inclusion financière, la mobilisation du secteur bancaire, l’appui aux territoires et l’accélération de l’investissement privé. Son ampleur budgétaire et ses objectifs quantifiés en font un plan structurant. Mais la barre est élevée. Mobiliser 300 milliards de dirhams de financements et accompagner 435.000 bénéficiaires suppose une exécution rigoureuse, une coordination étroite avec les banques et une capacité de suivi qui permettra de mesurer l’impact réel au-delà des volumes annoncés.
La réussite du plan ne se jugera donc pas seulement au montant des engagements. Elle dépendra de la qualité des financements déclenchés, de leur répartition territoriale, du profil des bénéficiaires et de leur contribution effective à l’investissement et à l’emploi. Pour Tamwilcom, Jossour 2030 marque moins une simple montée en puissance qu’un test de crédibilité opérationnelle.

