Céréales : le Maroc entame ses récoltes dans un marché mondial en baisse

Au Maroc, les premières moissons d’orge et de blé ont démarré dans de bonnes conditions, dans un contexte de recul des prix des céréales sur les marchés mondiaux. Après plusieurs années de sécheresse, de bons rendements sont attendus dans le Royaume, selon les éléments rapportés par des courtiers du marché.

Cette amélioration intervient alors que les cours du blé et du maïs s’orientent à la baisse, de Chicago à Euronext. Sur le marché européen, le blé s’échangeait mercredi en fin de journée autour de 203 euros la tonne sur l’échéance de septembre, son plus bas niveau depuis février. Le maïs reculait lui aussi, à 210 euros la tonne, soit une baisse de 17 % sur une semaine.

Pour le Maroc, l’enjeu est double. Le démarrage des récoltes dans de bonnes conditions laisse espérer une campagne plus favorable après des épisodes répétés de sécheresse. Dans le même temps, le repli des prix internationaux peut alléger la pression sur les marchés d’importation, même si le pays ne devrait reprendre ses achats de céréales qu’après la levée des taxes à l’importation mises en place pour juin et juillet, selon Damien Vercambre, courtier chez Inter-Courtage.

La baisse des cours mondiaux s’explique d’abord par une météo favorable dans plusieurs grandes zones de production. Des pluies bénéfiques ont été relevées des Grandes Plaines américaines à l’Europe de l’Ouest, des bords de la mer Noire à l’Australie. Cette situation relègue au second plan les inquiétudes liées au conflit au Moyen-Orient, malgré ses effets sur les coûts de l’énergie et des engrais.

Le marché semble ainsi dissocier l’évolution des céréales de celle du pétrole. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent plus de 20 % des hydrocarbures et 30 % des engrais mondiaux, avait alimenté une hausse des coûts de l’énergie et des fertilisants. Mais les céréales restent orientées à la baisse, portées par les perspectives météorologiques et le début des récoltes.

Les analystes pointent également le rôle des fonds d’investissement. Après des achats massifs de matières premières agricoles en février et mars, au début du conflit en Iran, plusieurs fonds liquident désormais leurs positions longues sur les céréales et les oléagineux. Ce mouvement accentue la pression baissière sur les prix.

La prudence reste toutefois de mise. Les récoltes mondiales de céréales sont attendues en repli en 2026-2027. Aux États-Unis, la moisson est estimée à 42,5 millions de tonnes cet été, contre 54,1 millions de tonnes en 2025, ce qui devrait peser sur les bilans mondiaux.

À ce stade, la demande mondiale de blé devrait pouvoir être couverte, mais les stocks restent tendus, selon Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux-StoneX à Paris. Cela rend le marché vulnérable à tout incident climatique. Les conditions sont pour l’instant favorables dans l’hémisphère Nord, mais le développement d’El Niño dans l’hémisphère Sud pourrait modifier l’équilibre des prochains mois.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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