Les entreprises familiales pèsent bien plus lourd qu’on ne le mesure habituellement dans l’économie marocaine. Selon une première étude nationale présentée à Casablanca par l’Institut de l’Entreprise Familiale du Maroc, elles représentent 92,9 % du tissu entrepreneurial du Royaume, génèrent près de 65 % de l’emploi national, soit environ 6,3 millions d’emplois, et contribuent à hauteur de 60,5 % de la valeur ajoutée produite dans le pays.
Dévoilée le 4 juin 2026, à l’occasion de la troisième assemblée générale annuelle de l’IEF-Maroc, cette étude a été réalisée avec le soutien de l’International Finance Corporation, membre du Groupe de la Banque mondiale. Elle constitue, selon l’Institut, l’une des premières démarches structurées visant à mesurer le poids économique et social des entreprises familiales au Maroc.
Le constat central est clair. L’entreprise familiale n’est pas une composante périphérique du tissu productif marocain. Elle en forme l’essentiel. Près de trois entreprises familiales sur quatre sont de petites entreprises, ce qui confirme leur rôle dans l’activité économique locale, l’emploi et l’ancrage territorial.
L’étude souligne aussi leur intensité en main-d’œuvre. Les entreprises familiales affichent, selon les résultats présentés, une efficacité du capital humain supérieure à celle des entreprises non familiales. Le modèle familial apparaît ainsi comme un levier important de création de valeur, en particulier lorsqu’il repose sur une proximité managériale et une vision de long terme.
Mais ce poids économique s’accompagne d’un défi de continuité. Les entreprises familiales marocaines ont en moyenne 24,2 ans d’existence. Près de 31 % d’entre elles sont dirigées par une deuxième génération. En revanche, seulement 5 % ont dépassé le cap des cinquante ans et atteint une troisième génération ou davantage.
La transmission apparaît ainsi comme le principal point de fragilité du modèle. L’étude montre que les entreprises familiales ayant franchi le seuil des cinquante ans sont celles qui ont structuré leur gouvernance, préparé leur succession et préservé leur vision entrepreneuriale. Ces entreprises affichent une rentabilité supérieure à celle d’entreprises non familiales comparables.
Pour l’IEF-Maroc, les enseignements de cette étude appellent plusieurs priorités. L’Institut cite notamment l’accompagnement de la transmission intergénérationnelle, la préparation des successions, l’accès au financement des petites entreprises familiales, la promotion de la bonne gouvernance, ainsi que le soutien à la croissance et à la professionnalisation.
Fondé en 2023, l’IEF-Maroc entend désormais utiliser ces données pour mieux faire reconnaître le rôle des entreprises familiales dans les politiques publiques et les stratégies de développement économique. L’Institut, qui réunit des familles entrepreneuriales issues de plusieurs secteurs et régions, est également membre de Family Business Network International, dont il constitue la première représentation africaine.

