Le Maroc veut passer du cannabis réglementé au cannabis prescrit

Le Maroc entre dans une nouvelle étape dans le développement du cannabis à usage thérapeutique. Le cadre réglementaire est prêt, l’offre existe et les premiers produits sont déjà disponibles, a affirmé samedi à Casablanca Mohamed El Guerrouj, Directeur général de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis.

S’exprimant lors de la première journée scientifique sur l’usage thérapeutique du cannabis, organisée par l’ANRAC en partenariat avec la Société marocaine des sciences médicales, Mohamed El Guerrouj a indiqué que plus de 140 produits à base de cannabis ont été fabriqués par l’industrie pharmaceutique marocaine et enregistrés officiellement auprès de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé.

Ces produits sont aujourd’hui disponibles dans plus de 600 points de vente autorisés par l’AMMPS. Le responsable de l’ANRAC a salué, à cette occasion, la mobilisation des pharmaciens autour de ce chantier.

Après la mise en place de la production agricole et industrielle, l’enjeu se déplace désormais vers l’usage médical. Mohamed El Guerrouj a reconnu que le recours thérapeutique aux produits issus du cannabis reste encore limité. Il a estimé que les sociétés savantes, les médecins prescripteurs et les médecins chercheurs ont désormais un rôle central à jouer pour développer de nouvelles formes d’utilisation.

Le Directeur général de l’ANRAC a notamment insisté sur le rôle des sociétés savantes, présentées comme un relais indispensable pour faire progresser l’usage thérapeutique des produits à base de cannabis. Cette évolution est aussi liée à la pérennisation des activités des petits agriculteurs engagés dans la filière.

Pour le président de la Société marocaine des sciences médicales, Moulay Saïd Afif, l’expérience marocaine figure aujourd’hui parmi les modèles les plus suivis dans ce domaine, grâce à la mise en place d’un arsenal juridique encadrant la culture et la transformation du cannabis en préparations médicales et thérapeutiques.

Cette première journée scientifique vise, selon lui, à appuyer les efforts engagés et à contribuer à l’élaboration de plans d’action pour accélérer l’utilisation du cannabis au service de la santé, dans un cadre légal et réglementé.

Jaâfar Heikel, Directeur général du pôle Stratégie, Développement et Relations Internationales de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, a souligné l’importance de cette rencontre, qui réunit l’ANRAC et la SMSM autour de la préparation de protocoles et de guides thérapeutiques pour l’usage médical du cannabis.

Selon lui, le cannabis thérapeutique pourrait devenir un outil supplémentaire de prise en charge dans plusieurs spécialités, notamment la pédiatrie, la neurologie, la gastro-entérologie, la rhumatologie, l’oncologie et la réanimation, dans le respect de la loi, de la réglementation et des exigences scientifiques.

Deux conventions de partenariat ont été signées en marge de cette journée. La première porte sur le lancement d’un prix de recherche dédié à l’usage thérapeutique du cannabis. La seconde concerne la mise en place d’un programme de formation sanctionné par un certificat universitaire et professionnel consacré à l’usage médical du cannabis.

Ce programme sera mené en partenariat avec la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, relevant de l’Université Hassan II, sous la supervision de sa doyenne, Souha Sahraoui. Celle-ci a indiqué que cette rencontre ouvre la voie à un certificat universitaire destiné aux médecins, afin de les former à l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, dans le respect des recommandations internationales, des effets secondaires éventuels et des règles de prescription.

La rencontre a également été marquée par l’annonce de la mise en place de protocoles thérapeutiques relatifs à l’usage médical des produits licites issus du cannabis. Les participants ont recommandé l’établissement d’une liste nationale des indications thérapeutiques, l’élaboration de protocoles, la préparation de guides de bonnes pratiques cliniques pour les professionnels de santé et la création d’un observatoire de suivi des patients concernés.

Ils ont aussi appelé à encourager la recherche clinique et pharmacologique, à soutenir les études nationales sur l’efficacité, la sécurité et les indications thérapeutiques du cannabis licite, à créer une base de données nationale consacrée aux recherches et publications scientifiques sur le sujet, ainsi qu’à lancer un prix annuel de recherche.

Les recommandations portent enfin sur le développement de formations diplômantes et certifiantes dans les Facultés de médecine et de pharmacie, l’intégration du cannabis thérapeutique dans les cursus médicaux, pharmaceutiques et paramédicaux, l’organisation de formations continues pour les professionnels de santé et la sensibilisation du grand public aux usages thérapeutiques du cannabis licite.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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