Blé : les exportateurs européens redoutent le recul des achats marocains

Les exportateurs européens de blé s’apprêtent à aborder une nouvelle campagne sous pression. Après plusieurs saisons déjà compliquées par la concurrence de la mer Noire, le Maroc, devenu l’un de leurs principaux débouchés, devrait réduire ses importations en 2026/27 à la faveur d’une récolte locale améliorée.

Le signal est important pour les fournisseurs de l’Union européenne. Ces dernières années, la demande marocaine avait pris une place croissante dans leurs ventes, au moment où la France, en particulier, voyait ses débouchés se réduire en Algérie et en Chine. Une baisse des achats marocains viendrait donc fragiliser davantage une campagne déjà exposée à une forte concurrence sur les prix.

Selon des analystes et des négociants cités par Reuters, le Maroc a suspendu ses importations de blé tendre pour juin et juillet afin de laisser entrer sa récolte nationale. Le gouvernement américain anticipe, de son côté, une baisse de près de moitié des importations marocaines totales de blé sur la saison 2026/27.

Pour les exportateurs européens, le défi est double. D’un côté, les stocks dans l’Union européenne restent importants et les prévisions de baisse de production en Argentine et en Australie pourraient soutenir les expéditions. De l’autre, la Russie et l’Ukraine devraient rester très offensives, avec des récoltes massives attendues et des prix compétitifs.

La pression est particulièrement forte pour l’Europe de l’Ouest. Un négociant allemand cité par Reuters estime qu’il est difficile d’identifier des marchés capables d’absorber de gros volumes de blé ouest-européen face à la concurrence de la mer Noire. Dans ce contexte, le Maroc et l’Afrique de l’Ouest restent parmi les principaux espoirs commerciaux.

La France apparaît comme l’un des pays les plus exposés. Elle reste pénalisée par l’arrêt de ses ventes vers l’Algérie sur fond de tensions diplomatiques et par le ralentissement de la demande chinoise. Faute de débouchés suffisants à l’international, elle pourrait devoir continuer à s’appuyer sur des ventes de blé fourrager à bas prix au sein de l’Union européenne.

La Roumanie devrait, elle, conserver un rôle central. Déjà passée devant la France comme premier exportateur de blé de l’Union européenne ces deux dernières années, elle pourrait encore porter une part importante des volumes européens à l’international, grâce à sa position géographique et à sa proximité avec les flux de la mer Noire.

Pour le Maroc, la baisse attendue des importations traduit d’abord l’amélioration de la récolte après les effets de la sécheresse. Mais pour les exportateurs européens, elle change l’équation. Le marché marocain reste stratégique, mais il ne pourra pas, à lui seul, absorber les difficultés accumulées par le blé européen sur ses débouchés traditionnels.

La campagne 2026/27 s’annonce donc incertaine. Entre demande marocaine moins soutenue, concurrence russe et ukrainienne, repositionnement commercial en Afrique et fragilité des débouchés français, les exportateurs européens devront chercher de nouveaux relais dans un marché mondial plus disputé.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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