Finance durable : le Maroc a le cadre, mais pas encore le marché

Le Maroc dispose d’un cadre réglementaire avancé en matière de finance durable, mais son marché reste encore loin de son potentiel. C’est l’un des principaux constats de la newsletter RSE de BMCE Capital Global Research, publiée en juin 2026, qui consacre son focus semestriel à la finance durable au Maroc.

Selon cette analyse, le Royaume se distingue par une architecture réglementaire plus mature que la profondeur réelle de son marché. Dès 2016, l’AMMC avait publié le premier guide africain sur les obligations vertes, avant d’élargir progressivement ce cadre aux obligations sociales, durables et aux Gender Bonds en 2021. Ce socle, aligné sur les standards internationaux, contraste toutefois avec des volumes encore modestes.

Le marché marocain ne totalise aujourd’hui qu’un peu plus de 7 milliards de dirhams d’obligations vertes. Ces émissions restent concentrées autour d’un nombre limité d’émetteurs, parmi lesquels MASEN, Bank of Africa, Banque Centrale Populaire, Al Omrane, l’ONCF et Casablanca Finance City. Pour BMCE Capital Global Research, le Maroc conserve donc un fort potentiel de rattrapage dans un marché mondial des obligations durables qui a atteint un encours cumulé d’environ 7,25 trillions de dollars à fin mars 2026.

La dynamique récente confirme une accélération des financements verts, mais celle-ci reste largement portée par les bailleurs de fonds et les grands émetteurs publics ou quasi publics. La newsletter cite notamment la garantie de 450 millions d’euros signée entre la BAD et le Groupe OCP, facilitant la levée de 530 millions d’euros de financements verts auprès de banques européennes pour la décarbonation industrielle, ainsi que le financement de 500 millions de dollars approuvé par la Banque mondiale en faveur de l’emploi et de la croissance verte au Maroc.

L’autre axe identifié est celui du gender lens investing, l’investissement sensible au genre. Le Maroc y dispose d’une antériorité notable, puisqu’il a été le premier pays africain à émettre un Gender Bond, via la BCP en 2021. Mais cette avance réglementaire n’a pas encore débouché sur un flux régulier d’émissions. BMCE Capital Global Research rappelle que, selon la BAD, seules 11 % des entreprises dirigées par des femmes accèdent à un financement adéquat, tandis que le taux d’activité féminine plafonne autour de 19 %.

Pour la place casablancaise, ce segment pourrait devenir un levier de relance des instruments durables. Le rapport souligne que le cadre existe déjà, avec le guide de l’AMMC sur les Gender Bonds, la Stratégie nationale Finance Climat 2030, le MASI ESG et les priorités 2026 de l’AMMC, centrées notamment sur la finance durable, l’innovation financière et l’inclusion.

La gestion d’actifs constitue un autre terrain de développement, mais elle demeure encore marginale. À titre d’illustration, BMCE Capital Global Research indique que Capital ISR de BMCE Capital Gestion a dépassé 1 milliard de dirhams d’encours en 2025, tandis qu’Attijari Valeurs ESG affichait un actif net de 286,5 millions de dirhams au 22 mai 2026. Ensemble, ces deux fonds représentaient au moins 1,29 milliard de dirhams, soit environ 0,16 % des 827,1 milliards de dirhams gérés par l’industrie des OPCVM au 5 juin 2026.

Le document met enfin en avant une fenêtre d’opportunité pour le Maroc. Alors que l’Union européenne et les États-Unis allègent certaines obligations de reporting durable, le Royaume poursuit la structuration de son cadre. Dans un environnement où l’offre d’instruments labellisés pourrait se raréfier en relatif, une place capable de proposer des produits crédibles et traçables pourrait attirer des investisseurs internationaux en quête de diversification.

Pour BMCE Capital Global Research, l’enjeu est désormais de transformer l’avance réglementaire du Maroc en pipeline réel d’émissions et de fonds. La finance genre pourrait jouer ce rôle de catalyseur, à condition d’être adossée à des données fiables, des objectifs mesurables et une traçabilité suffisante pour éviter tout risque de gender washing.

L'invité du Nouvelliste Maroc

spot_img