Le Maroc concerné par la décision russe de suspendre l’export du diesel

La décision russe de suspendre ses exportations de diesel jusqu’au 31 juillet replace plusieurs importateurs africains, dont le Maroc, face à un marché international des carburants plus tendu. Moscou a annoncé cette mesure pour sécuriser son approvisionnement intérieur, après une série de frappes ukrainiennes ayant touché des infrastructures énergétiques russes et réduit la disponibilité de carburants sur le marché local.

Le Maroc figure parmi les importateurs importants de diesel russe signalés en juin, aux côtés de l’Égypte et du Sénégal. Cette présence dans les flux récents montre le poids pris par les cargaisons russes dans l’approvisionnement de certains marchés africains, dans un contexte où les routes énergétiques ont été profondément réorganisées depuis le début de la guerre en Ukraine.

La Russie fait face à une situation intérieure difficile sur les carburants. Plusieurs régions connaissent des files d’attente dans les stations-service, tandis que les frappes ukrainiennes contre les raffineries ont comprimé l’offre d’essence et de diesel. Le vice-Premier ministre Alexandre Novak a reconnu une situation complexe et indiqué que l’interdiction des exportations devait permettre de rediriger davantage de volumes vers le marché russe.

Cette décision intervient alors que les exportations russes de diesel par voie maritime avaient déjà fortement reculé. En juin, elles sont tombées à environ 1,8 million de tonnes, soit une baisse de 39 pour cent sur un mois et de 46 pour cent par rapport au même mois de l’année précédente. Les données de Kpler citées par Reuters montrent une nouvelle contraction début juillet, avec 187.000 barils par jour entre le 1er et le 8 juillet, contre plus de 500.000 barils par jour sur des périodes comparables avant la guerre.

Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas seulement commercial. Le diesel reste un carburant central pour le transport routier, la logistique, l’agriculture et une partie de l’activité économique. Toute tension sur les cargaisons disponibles peut donc renforcer la sensibilité du marché national aux prix internationaux, même lorsque l’approvisionnement est diversifié.

La mesure russe pourrait aussi accentuer la pression sur les marges de raffinage en Europe. Après l’annonce de l’interdiction, la marge du diesel européen de référence a atteint un niveau record de 60,17 dollars le baril. Cette évolution concerne directement les pays importateurs, car elle peut influencer les prix des cargaisons disponibles sur les marchés méditerranéens et atlantiques.

Le Maroc devra donc suivre de près la recomposition des flux dans les prochaines semaines. La Turquie et le Brésil ont absorbé en juin une part majeure des cargaisons russes disponibles. Avec l’interdiction temporaire, les volumes accessibles aux autres acheteurs devraient se réduire davantage, poussant certains importateurs à chercher des alternatives auprès d’autres fournisseurs.

La Russie prévoit elle-même d’importer du carburant en juillet, signe de la tension créée par les dégâts subis par ses infrastructures de raffinage. Des sources industrielles ont indiqué que Moscou avait déjà commencé à importer de l’essence par voie maritime depuis l’Inde. Cette situation reste paradoxale pour l’un des grands exportateurs mondiaux de produits pétroliers, mais elle traduit l’impact des frappes ukrainiennes sur le raffinage russe.

Vladimir Poutine a accusé l’Ukraine de chercher à fragiliser l’économie russe et à créer de l’inquiétude dans la population. Kiev affirme, de son côté, viser les infrastructures pétrolières pour réduire la capacité de Moscou à poursuivre la guerre et pousser la Russie vers des négociations.

L’interdiction russe ne concerne pas les livraisons couvertes par des accords gouvernementaux préexistants, notamment avec la Mongolie. Pour les autres acheteurs, la mesure crée une incertitude immédiate sur les disponibilités à court terme.

Dans ce contexte, la présence du Maroc parmi les importateurs notables de diesel russe en juin donne une résonance particulière à la décision de Moscou. Elle rappelle que les tensions énergétiques nées de la guerre en Ukraine dépassent largement le cadre européen. Elles touchent aussi les équilibres d’approvisionnement des pays africains, appelés à sécuriser leurs sources de carburants dans un marché devenu plus instable.

L'invité du Nouvelliste Maroc

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