Le harcèlement sexuel est devenu l’un des visages les plus préoccupants de la crise migratoire à Sebta. Plus de deux semaines après le passage massif du 30 juillet, des femmes dorment toujours à même le sol aux abords du centre d’accueil, exposées aux agressions et contraintes de chercher refuge au plus près des forces de police.
Une quinzaine de femmes ont installé un campement de fortune près de l’établissement géré par les autorités espagnoles, déjà saturé. Le centre accueille environ 700 personnes alors que sa capacité initiale est de 500 places.
Cartons, couvertures et matelas gonflables servent d’abri à ces femmes qui partagent les espaces extérieurs avec plusieurs centaines de migrants. Certaines affirment subir chaque nuit des comportements menaçants et des tentatives d’agression, notamment lorsqu’elles se déplacent pour accéder aux toilettes.
Le principal syndicat de police espagnol, le SUP, fait état de 15 agressions sexuelles de gravité variable signalées à Sebta depuis le 30 juillet. La majorité des victimes seraient mineures. Les faits auraient principalement eu lieu sur les plages et dans les espaces boisés où se concentrent les personnes restées sans solution d’hébergement.
Les autorités judiciaires de Sebta ont confirmé de leur côté avoir traité trois dossiers d’agressions sexuelles visant des migrantes. Deux concernaient des mineures.
Dans le premier cas, une jeune fille aurait subi une agression sexuelle avec pénétration et aurait également été contrainte de vendre de la drogue. Une seconde mineure aurait subi des attouchements. Les suspects ont été placés en détention provisoire. Dans une troisième affaire, impliquant une femme adulte, la justice a ordonné l’expulsion de l’agresseur présumé.
Un autre homme a également fait l’objet d’une mesure d’expulsion après s’être introduit dans un domicile privé avant de se glisser en sous-vêtements dans le lit d’une habitante.
Ces incidents interviennent alors que les capacités d’accueil espagnoles apparaissent largement dépassées par la situation. Entre 5 000 et 8 000 personnes se trouveraient toujours à Sebta après les arrivées massives enregistrées fin juillet.
Le passage avait concerné environ 72 000 personnes. Une grande partie est depuis retournée au Maroc, mais plusieurs milliers sont restées dans la ville, parmi lesquelles de nombreuses femmes et des enfants.
Mardi, 2 168 mineurs avaient été enregistrés par les autorités espagnoles. Quelque 500 demandes d’asile déposées par des adultes avaient également été comptabilisées durant la semaine précédente.
La situation pousse aujourd’hui Madrid à augmenter dans l’urgence ses capacités d’accueil. Les autorités espagnoles et la Croix-Rouge distribuent environ 4 000 repas par jour et préparent 1 500 places temporaires supplémentaires.
Cette réponse intervient alors que des femmes continuent pourtant de dormir dehors, dans des environnements où les organisations humanitaires dénoncent une forte exposition aux violences sexuelles.
La ministre espagnole de la Santé, Monica Garcia, a confirmé que cinq femmes avaient déjà reçu des soins pour des violences sexuelles. Elle a reconnu que l’urgence consistait désormais à fournir des espaces d’hébergement sûrs.
Le problème dépasse toutefois le seul manque de lits. Les femmes installées dehors ne disposent notamment pas de sanitaires séparés et certaines affirment organiser elles-mêmes leur protection face aux tentatives de harcèlement.
Wafae Atid, une Marocaine de 28 ans originaire de Taza, affirme ainsi dormir essentiellement durant la journée, entre 7 heures et midi, par peur d’être agressée pendant la nuit. Elle indique que des hommes suivent régulièrement les femmes lorsqu’elles se rendent aux toilettes.
Dikra Tetouan, âgée de 20 ans et arrivée avec sa sœur de 17 ans, décrit elle aussi des comportements répétés de harcèlement et d’agression. Les femmes du campement disent devoir crier pour attirer l’attention des personnes autour d’elles lorsqu’elles se sentent menacées.
Le SUP réclame désormais davantage de policiers spécialisés dans la protection des femmes et des familles, ainsi qu’un renforcement des patrouilles dans les campements improvisés.
Les autorités espagnoles ont ouvert un centre destiné aux victimes d’agressions sexuelles et plusieurs femmes y ont été transférées. Mais les témoignages recueillis sur place montrent que la vulnérabilité reste forte pour celles qui attendent encore leur enregistrement ou une place dans une structure adaptée.
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont également alerté sur la situation. Save the Children, l’Unicef et Amnesty International demandent notamment des hébergements sécurisés et des dispositifs spécifiques pour les femmes et les jeunes filles.
La concentration de milliers de personnes dans une ville aux capacités d’accueil limitées a ainsi mis sous forte pression les services espagnols. À Sebta, cette saturation ne se mesure plus seulement au nombre de personnes dormant dans la rue. Elle se traduit désormais par un risque documenté de violences sexuelles pour certaines des femmes les plus vulnérables.


