La prochaine campagne agricole s’ouvre sous le signe de l’incertitude climatique. Le possible renforcement d’El Niño au cours des prochains mois alimente les interrogations, sans permettre pour autant de conclure à un scénario de sécheresse au Maroc.
Le phénomène se traduit par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique tropical central et oriental. Ses effets peuvent modifier la circulation atmosphérique et influer sur les régimes de températures et de précipitations dans plusieurs régions du monde.
Pour le Maroc, l’enjeu reste surtout lié à la manière dont les pluies se répartiront entre l’automne et l’hiver. Ibrahim El Anbi, expert agricole agréé, souligne que l’influence d’El Niño sur les précipitations du Royaume n’est pas mécanique. Les conditions observées dans l’Atlantique et en Méditerranée ainsi que la trajectoire des dépressions jouent également un rôle déterminant.
Cette prudence est d’autant plus importante que la situation hydrique s’est améliorée après les précipitations enregistrées lors de la dernière saison. Cette évolution favorable ne suffit toutefois pas à écarter le risque de nouveaux déficits pluviométriques.
Pour les cultures, la question centrale concerne moins le volume annuel de pluie que son calendrier. Des épisodes abondants mais très espacés peuvent se révéler moins favorables qu’une pluviométrie plus modérée mais régulière.
Les céréales et les autres cultures bour restent particulièrement exposées à cette variabilité. Un retard dans le démarrage des pluies ou un manque d’eau au cours des phases décisives de développement peut affecter la germination, la croissance et, au final, les rendements.
Des pluies très concentrées comportent également leurs propres risques. Elles peuvent provoquer des inondations, accentuer l’érosion des sols ou endommager les cultures et certaines infrastructures agricoles.
Plusieurs scénarios restent donc envisageables pour la campagne 2026-2027. Une répartition régulière des précipitations pourrait favoriser une bonne saison, tandis qu’une alternance de longues périodes sèches et d’épisodes pluvieux intenses pourrait compliquer davantage la situation des exploitations.
Cette incertitude concerne aussi la sécurité hydrique du Royaume. Le Maroc poursuit dans ce contexte ses investissements dans le dessalement de l’eau de mer, l’interconnexion des bassins hydrauliques et la réutilisation des eaux usées traitées.
Dans le secteur agricole, l’adaptation passe également par une meilleure gestion des sols et de l’eau, le recours à des cultures plus adaptées aux conditions climatiques et le développement des dispositifs de prévision et d’alerte.
À l’approche de la nouvelle campagne, l’évolution d’El Niño sera donc suivie de près, mais elle ne suffira pas à elle seule à déterminer l’issue de la saison. La régularité des pluies restera le principal facteur à surveiller.


