Après la victoire du PAM, la bataille des alliances s’ouvre

Le verdict des urnes place désormais le PAM devant une équation incontournable. Avec 97 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants, le parti arrivé en tête des législatives du 23 septembre reste loin des 198 sièges nécessaires à l’investiture du gouvernement. La constitution d’une majorité passera donc par des accords avec plusieurs formations.

Les résultats provisoires dessinent un Parlement où quatre partis concentrent l’essentiel des sièges. Derrière le PAM, le RNI conserve 66 élus, talonné par l’Istiqlal avec 65 sièges. Le PJD retrouve une présence importante à la Chambre avec 54 députés. À eux quatre, ces partis rassemblent 282 sièges.

Aucune alliance à deux ne permet toutefois au PAM de disposer de la majorité absolue. Avec le RNI, il réunirait 163 députés. Une entente avec l’Istiqlal porterait l’ensemble à 162 sièges, tandis qu’un rapprochement avec le PJD aboutirait à 151 élus. Une coalition plus large apparaît donc indispensable.

La nouvelle hiérarchie issue des urnes modifie aussi les positions défendues pendant la campagne. Le PAM avait conditionné son refus de gouverner avec le RNI à une victoire de ce dernier. Avec la deuxième place obtenue par le parti, cette réserve n’a plus lieu d’être. Fatima Zahra El Mansouri a d’ailleurs indiqué, au lendemain du scrutin, que sa formation n’excluait aucun dialogue dans les discussions destinées à bâtir la prochaine majorité.

Le cadre constitutionnel fixe la séquence institutionnelle. Le Chef du gouvernement est nommé par le Roi au sein du parti arrivé en tête des élections de la Chambre des représentants, au regard des résultats du scrutin. Le futur Exécutif doit ensuite obtenir la confiance de la majorité absolue des députés après la présentation de son programme.

Les positions affichées par les autres partis réduisent cependant certaines possibilités. Le PPS, qui compte 19 députés, a lié une éventuelle participation gouvernementale à des engagements sur la gouvernance, la transparence, les conflits d’intérêts et l’économie de rente. Il écarte une alliance avec le RNI.

L’USFP, créditée de 26 sièges, privilégie pour sa part les convergences programmatiques mais exclut une coalition avec le PJD. L’Istiqlal ne ferme la porte à aucune formation. Le PJD n’avait pas davantage fixé d’interdit avant le scrutin, renvoyant une éventuelle participation au gouvernement aux décisions de ses instances et à l’existence d’un terrain programmatique commun.

À partir de cette nouvelle arithmétique parlementaire, Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel, distingue plusieurs configurations. L’une d’elles verrait les trois composantes de la majorité sortante poursuivre leur collaboration, mais avec un rapport de force profondément modifié.

Une coalition entre le PAM, le RNI et l’Istiqlal disposerait de 228 députés. Elle dépasserait ainsi de trente sièges la majorité absolue. Rachid Lazrak présente cette configuration comme l’hypothèse la plus vraisemblable sur les plans politique et arithmétique.

Cette formule maintiendrait les trois partenaires de l’ancienne majorité au gouvernement, tout en inversant leur hiérarchie. Le PAM en deviendrait la principale force parlementaire alors que le RNI, qui comptait 102 sièges en 2021, n’en détient plus que 66. L’Istiqlal passe pour sa part de 81 à 65 élus, tandis que le PAM progresse de 87 à 97 sièges.

Une autre combinaison réunirait le PAM, l’Istiqlal et le PJD. Avec 216 députés, elle disposerait elle aussi d’une majorité suffisante. Sa concrétisation supposerait cependant un rapprochement entre le PAM et le PJD après des années de rivalité politique et malgré leurs divergences. Une formule associant le PAM, le RNI et le PJD atteindrait 217 sièges.

D’autres assemblages restent possibles sans faire appel aux quatre principales formations simultanément. Le PAM pourrait notamment s’entendre avec le RNI, le Mouvement populaire et l’USFP. Ces quatre partis réuniraient 218 députés. Une coalition composée du PAM, de l’Istiqlal, du Mouvement populaire et de l’Union constitutionnelle disposerait, elle, de 208 sièges.

Certaines combinaisons restent en revanche sous le seuil requis. Le PAM, le RNI et l’USFP ne totaliseraient que 189 élus. Une alliance entre le RNI, l’Istiqlal et le PJD atteindrait 185 sièges et ne changerait de toute manière pas le fait que le parti arrivé premier occupe une place centrale dans la séquence constitutionnelle qui suit les élections.

La nouvelle Chambre reste dominée par quelques grandes formations, mais accueille un éventail plus large de forces politiques. Le Mouvement populaire obtient 29 sièges, devant l’USFP avec 26, le PPS avec 19 et l’Union constitutionnelle avec 17. Le Mouvement démocratique et social et l’Alliance de la gauche comptent chacun huit élus. Le Front des forces démocratiques et le Parti de l’équité décrochent deux sièges chacun, tandis que le Parti des néo-démocrates et le Parti de l’unité et de la démocratie obtiennent chacun un député.

Le retour du PJD constitue également l’un des changements importants de cette nouvelle configuration. Après être passé de 125 sièges en 2016 à seulement 13 en 2021, le parti remonte à 54 députés. Dans le même temps, le RNI recule de 36 sièges et l’Istiqlal en perd 16 par rapport à la précédente législature.

Les rapports de force diffèrent toutefois fortement selon les territoires. À Marrakech, le PAM, le PJD et l’Istiqlal se répartissent les neuf sièges des trois circonscriptions à parts égales. Dans la circonscription de Rabat-Océan, le RNI échoue à décrocher le quatrième siège pour 110 voix. À Smara, où la participation a dépassé 62 %, l’Istiqlal obtient 5 995 voix, devant le PAM avec 3 918 suffrages et le RNI avec 1 477.

L’arithmétique ne suffira cependant pas à déterminer la composition du prochain gouvernement. Dans son analyse, Rachid Lazrak estime que la stabilité d’une coalition dépendra également de l’accord trouvé autour du programme, du partage des responsabilités et de la capacité des partenaires à maintenir une cohésion parlementaire. Son analyse reste fondée sur des résultats encore provisoires, dans l’attente de l’achèvement des procédures prévues avant leur validation définitive.

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