À Tanger Med, l’IA redessine les métiers de la Supply Chain (vidéo)

Plus de 300 professionnels de la logistique se sont retrouvés ce vendredi au Tanger Med Port Center pour la huitième édition des Tangier Logistics Days. Au centre des échanges : l’intelligence artificielle, l’exploitation des données et l’évolution des compétences humaines dans une chaîne logistique de plus en plus technologique.

L’événement intervient alors que le complexe portuaire poursuit sa montée en puissance. Tanger Med a dépassé 11 millions de conteneurs EVP traités en 2025, soit une progression de 8,4 %, tandis que son trafic global a atteint 161 millions de tonnes. La dynamique s’est prolongée durant les six premiers mois de 2026 avec 84 millions de tonnes manutentionnées, en hausse de 6 %.

Idriss Aarabi, Directeur Général de Tanger Med Port Authority, a rapproché ces performances de la capacité des différents acteurs de la plateforme à coordonner leurs opérations. Dans cette organisation, la circulation et l’exploitation de l’information prennent désormais une dimension comparable à celle des infrastructures physiques.

« La donnée est devenue une infrastructure, au même titre qu’un quai », a-t-il résumé. Son utilisation soulève cependant des questions qui dépassent les seuls enjeux technologiques. Partage de l’information, qualité, sécurité et souveraineté deviennent des sujets de gouvernance à part entière, alors que les installations portuaires doivent également composer avec le risque cyber.

Cette transformation ne réduit pas pour autant le rôle des compétences humaines. Idriss Aarabi a insisté sur la place de la décision et du discernement dans des organisations utilisant toujours davantage l’intelligence artificielle. « Aucun algorithme ne remplace le jugement », a-t-il affirmé. L’IA peut calculer, proposer ou signaler une anomalie, mais la responsabilité de l’arbitrage reste humaine.

Cette complémentarité entre technologie et compétences constitue précisément le fil conducteur de cette huitième édition. Les discussions portent sur l’utilisation de l’IA dans les opérations, l’évolution des métiers, les nouvelles formes de management ainsi que la maîtrise des données.

Knut Alicke, Senior Advisor chez McKinsey et professeur à l’Université de Cologne et au Karlsruhe Institute of Technology, a replacé cette évolution dans un environnement logistique devenu plus instable. Les entreprises doivent désormais composer avec une volatilité accrue des marchés, les tensions géopolitiques et des politiques commerciales susceptibles d’évoluer rapidement.

Dans ces conditions, la capacité de prévision devient un élément déterminant du pilotage des chaînes d’approvisionnement. L’utilisation de l’intelligence artificielle permet de traiter des volumes croissants d’informations, de confronter davantage de variables et de multiplier les scénarios afin d’adapter plus rapidement les décisions.

Les changements touchant les droits de douane illustrent cette nouvelle complexité. Pour mesurer leur exposition, les entreprises doivent disposer d’une connaissance plus précise de l’origine des produits, de leurs fournisseurs et de l’organisation de leurs flux.

Les débats ont également réuni des responsables de DHL, Alstom, Tanger Med Port Authority, OCP Group, Diagma et Sia Partners. Deux tables rondes ont abordé l’évolution des compétences et du leadership, puis les nouvelles méthodes de pilotage d’une Supply Chain enrichie par les technologies numériques.

Le métier lui-même évolue. Au-delà de la maîtrise des outils, les responsables de chaînes logistiques doivent conjuguer capacité d’adaptation, management des équipes et conduite du changement. Plus les technologies gagnent en puissance, plus la capacité à comprendre les informations produites et à les traduire en décisions opérationnelles devient stratégique.

Les Tangier Logistics Days ont par ailleurs introduit cette année un atelier consacré au Vibe Coding. Les participants ont pu expérimenter des applications concrètes de l’intelligence artificielle dans la Supply Chain, prolongeant les échanges théoriques par des cas d’usage.

À Tanger Med, l’essor de l’IA est ainsi envisagé comme une transformation qui dépasse l’automatisation des opérations. La technologie accroît les capacités d’analyse et d’anticipation, mais son efficacité dépend toujours de la qualité des données, de leur gouvernance et des compétences mobilisées pour les exploiter.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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