Pourquoi le FMI réduit ses prévisions de croissance pour le Maroc

Le Fonds monétaire international (FMI) a revu ses estimations de croissance pour l’économie marocaine. Dans son rapport d’octobre 2026 sur les perspectives économiques mondiales, l’institution prévoit désormais une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 4,5% cette année, contre 4,6% annoncés en avril. Pour 2027, la prévision passe de 4,5% à 4,2%. Ces ajustements interviennent alors que la guerre au Moyen-Orient, le renchérissement de l’énergie et les tensions commerciales continuent de peser sur l’activité internationale.

La correction reste limitée pour 2026, avec un écart de 0,1 point par rapport aux précédentes estimations. Elle atteint toutefois 0,3 point pour 2027. Malgré ce recul, le Maroc conserverait un rythme de croissance supérieur à 4% sur les deux exercices, dans un environnement mondial marqué par une hausse des coûts d’approvisionnement et des incertitudes persistantes sur les échanges.

Les pays importateurs de matières premières, notamment ceux du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, devraient néanmoins conserver une certaine capacité de résistance face à la dégradation de leurs conditions commerciales. Le FMI estime que ces économies pourraient absorber une partie des effets de la hausse des prix énergétiques et alimentaires, même si leur exposition aux marchés internationaux demeure importante.

À l’échelle mondiale, l’institution anticipe une croissance de 3,1% en 2026, après 3,5% en 2025, avant une remontée à 3,4% en 2027. Les perspectives pour l’année en cours restent identiques à celles publiées en avril, tandis que celles de 2027 bénéficient d’un relèvement de 0,2 point. Par rapport aux estimations de juillet, la croissance mondiale de 2026 gagne cependant 0,1 point.

Cette évolution ne profite pas uniformément aux différentes économies. D’après le FMI, 32 pays concentreraient désormais 95% de la croissance mondiale, alors que les projections d’avril en comptaient 54. Près de 47% des économies ont parallèlement fait l’objet de révisions défavorables.

Les écarts s’expliquent notamment par les conséquences des conflits géopolitiques sur les approvisionnements, les variations des prix des matières premières et les capacités d’investissement dans les nouvelles technologies. Les économies bénéficiant des exportations technologiques et des dépenses liées à l’intelligence artificielle disposent de soutiens supplémentaires, contrairement à celles confrontées à une facture énergétique plus élevée et à une demande extérieure moins dynamique.

La résistance de l’économie mondiale au premier semestre 2026 a notamment reposé sur les adaptations engagées par les entreprises. Face aux perturbations provoquées par le conflit au Moyen-Orient, plusieurs opérateurs ont réorganisé leurs circuits logistiques, utilisé leurs réserves et modifié leurs modes d’approvisionnement. Les interventions budgétaires et une moindre dépendance énergétique par rapport aux crises précédentes ont également contribué à amortir les difficultés.

Les investissements dans l’intelligence artificielle ont, de leur côté, continué de soutenir l’activité et les marchés financiers. Cette dynamique technologique constitue l’un des principaux facteurs de résistance relevés par le FMI, même si sa poursuite reste exposée aux contraintes énergétiques et à un éventuel durcissement des conditions de financement.

L’institution avertit toutefois que les possibilités d’adaptation pourraient se réduire. Les stocks utilisés pour compenser les ruptures d’approvisionnement diminuent, tandis que les marchés des matières premières restent sensibles aux tensions internationales. Une prolongation de ces perturbations pourrait fragiliser la confiance des entreprises et des ménages, tout en ralentissant les décisions d’investissement.

Les nouvelles projections accordent une place importante à l’évolution du marché pétrolier. Le FMI retient un prix moyen de 96 dollars le baril en 2026, sur la base des cours observés au 21 septembre. Ce niveau dépasse de 16% celui envisagé dans son précédent scénario de référence.

Ces estimations reposent notamment sur l’hypothèse d’une reprise de la circulation dans le détroit d’Ormuz à partir de mars 2027. Le retour progressif des échanges énergétiques vers leur fonctionnement d’avant-guerre ne serait attendu qu’aux alentours d’octobre de la même année.

Entre-temps, les difficultés logistiques, les coûts d’assurance et les risques géopolitiques devraient continuer d’influencer les prix. Le FMI considère que les pénuries les plus graves pourraient être limitées par l’utilisation des stocks, le recours à d’autres itinéraires maritimes et une augmentation partielle de la production dans les régions épargnées par les conflits. Certains pays émergents pourraient néanmoins rencontrer des difficultés pour sécuriser leurs achats d’énergie.

Les tensions sur les prix toucheraient également d’autres produits essentiels. Les engrais pourraient enregistrer une augmentation de 10% en 2026, contre 5% pour les denrées alimentaires. Le coût du transport, les dépenses énergétiques et les assurances participeraient à cette progression.

Pour le Maroc, importateur d’énergie, ces évolutions représentent une source de pression sur les dépenses d’approvisionnement. Leur incidence réelle dépendra toutefois des contrats conclus avec les fournisseurs, des dispositifs fiscaux et des conditions propres au marché national.

La hausse des matières premières devrait également interrompre le mouvement de ralentissement de l’inflation mondiale. Après un taux de 4,1% en 2025, le FMI prévoit une accélération à 4,7% en 2026, suivie d’un retour à 4,1% en 2027.

Les écarts entre pays resteraient importants. La transmission des variations monétaires aux prix intérieurs, la situation du marché du travail et le poids des services expliquent notamment ces différences. Dans plusieurs grandes économies, le retour de l’inflation sous-jacente vers 2% devrait prendre davantage de temps.

Le Japon et le Royaume-Uni pourraient atteindre ce niveau à la fin de 2027. La zone euro et les États-Unis devraient patienter jusqu’au milieu de 2028. En Chine, les prix connaîtraient plutôt une remontée après une période de faible inflation.

Cette situation conduit le FMI à envisager des politiques monétaires moins souples que prévu au printemps. Aux États-Unis et dans la zone euro, les taux d’intérêt réels anticipés devraient augmenter. Le Japon poursuivrait pour sa part un ajustement progressif de sa politique monétaire vers une position neutre.

Les finances publiques constituent un autre sujet de préoccupation. Dans les économies avancées, la dette publique devrait représenter 115% du PIB en 2031, contre 108% en 2025. Pour les pays émergents et en développement, cette proportion passerait de 74% à 84% durant la même période.

L’augmentation de l’endettement limiterait la capacité des États à intervenir en cas de nouvelles crises. Le FMI préconise ainsi une gestion budgétaire permettant de préserver les ressources nécessaires pour répondre aux chocs économiques.

Les échanges internationaux demeurent également exposés aux mesures protectionnistes. Les projections d’octobre prennent en compte le maintien de plusieurs restrictions commerciales, notamment les droits de douane appliqués par les États-Unis et leurs partenaires. Certaines dispositions américaines arrivant à expiration ont été remplacées par de nouvelles mesures, ce qui contribue à maintenir les barrières tarifaires à un niveau légèrement supérieur aux hypothèses d’avril.

Ces restrictions pourraient continuer de modifier les circuits commerciaux, les stratégies industrielles et les choix d’investissement des entreprises.

Pour les prochains mois, le FMI estime que les perspectives économiques restent davantage exposées à une dégradation qu’à une amélioration. Une aggravation des conflits, de nouvelles perturbations énergétiques ou une intensification des différends commerciaux pourraient freiner l’activité mondiale.

L’institution évoque également les risques associés à une éventuelle révision des attentes de rentabilité dans l’intelligence artificielle, susceptible de peser sur les marchés financiers et les investissements technologiques.

Une détente géopolitique ou des gains de productivité plus importants liés aux nouvelles technologies pourraient, à l’inverse, soutenir la croissance. Le scénario central du FMI demeure cependant prudent et ne prévoit pas de gains supplémentaires de productivité directement attribuables à l’adoption de l’intelligence artificielle sur la période étudiée.

Dans ce contexte, l’institution appelle les gouvernements à renforcer la solidité de leurs finances publiques, notamment par une amélioration des recettes budgétaires. Pour le Maroc, les dernières estimations maintiennent une croissance supérieure à 4% en 2026 et 2027, malgré une conjoncture internationale moins favorable que celle envisagée au printemps.

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