Bourse de Casablanca : 54 milliards de DH de bénéfices attendus en 2027

La Bourse de Casablanca pourrait aborder 2027 avec des bénéfices en progression, mais des moteurs de croissance sensiblement différents de ceux de 2026. Après une année marquée par la forte contribution des sociétés minières, les banques, le bâtiment et les travaux publics ainsi que l’électricité devraient prendre le relais. Selon les prévisions publiées en octobre par BMCE Capital Global Research, les 40 sociétés suivies par le bureau de recherche pourraient dégager un résultat net part du groupe cumulé de 54,1 milliards de dirhams en 2027, contre 50,6 milliards attendus en 2026.

Cette progression de 6,9 % interviendrait après une hausse estimée à 11,4 % en 2026. Le ralentissement apparent ne traduit toutefois pas nécessairement un affaiblissement de l’activité. Il reflète notamment la disparition d’éléments exceptionnels qui devraient soutenir les résultats de l’exercice en cours.

Le chiffre d’affaires cumulé des entreprises couvertes par BMCE Capital Global Research atteindrait 347,8 milliards de dirhams en 2026, en augmentation de 11,5 %, avant de progresser à 372,9 milliards en 2027, soit une nouvelle hausse de 7,2 %. Leur excédent brut d’exploitation suivrait une trajectoire comparable, passant de 104,5 milliards en 2025 à 113,5 milliards en 2026, puis à 121,9 milliards en 2027.

Derrière ces chiffres, la composition des bénéfices mérite une attention particulière. En 2026, les performances des groupes miniers devraient jouer un rôle déterminant. Managem bénéficierait notamment de la contribution de ses nouvelles exploitations, de conditions favorables sur les marchés des métaux précieux et d’une plus-value exceptionnelle estimée à 1,5 milliard de dirhams liée à la cession d’une participation de 45 % dans le projet aurifère Gabgaba, au Soudan.

Cette opération contribue à amplifier la croissance bénéficiaire attendue en 2026. Sa non-reconduction en 2027 pèserait mécaniquement sur le rythme de progression publié, sans effacer la dynamique des autres secteurs.

BMCE Capital Global Research anticipe ainsi une croissance organique des bénéfices de 10,2 % en 2027, après 11,3 % en 2026, sur la base de ses retraitements des éléments exceptionnels. L’écart avec la progression publiée souligne l’importance de distinguer les résultats récurrents des gains ponctuels dans l’appréciation des performances boursières.

Les banques devraient occuper une place centrale dans cette nouvelle configuration. Leur contribution supplémentaire aux bénéfices atteindrait environ 1,5 milliard de dirhams en 2027, soit 43,6 % de la hausse attendue. Le secteur du BTP suivrait avec 26,6 %, devant l’électricité, dont la part représenterait 15,1 %.

Pour les établissements financiers, la croissance devrait reposer davantage sur les activités bancaires traditionnelles. Après une progression attendue de 5,1 % en 2026, le produit net bancaire augmenterait de 5,9 % en 2027 pour atteindre 84,2 milliards de dirhams.

Cette évolution serait soutenue par le financement des entreprises, les besoins liés aux grands investissements et la progression des commissions. La marge d’intérêt devrait augmenter de 6,3 % en 2027, tandis que les revenus des commissions progresseraient de 5 %.

La capacité bénéficiaire des établissements financiers atteindrait ainsi 21,5 milliards de dirhams, en hausse de 7,8 %. Cette croissance serait moins rapide que les 12,3 % anticipés pour 2026, année durant laquelle les banques devraient profiter d’une baisse particulièrement importante du coût du risque.

BMCE Capital Global Research prévoit une diminution de 17,2 % de cette charge en 2026, à 9,6 milliards de dirhams. Le taux du coût du risque reviendrait à 0,87 %, contre 1,18 % en 2025. En 2027, l’amélioration des bénéfices dépendrait davantage de la progression de l’activité et de la maîtrise des charges que d’un nouvel allègement du risque.

Le BTP constitue l’autre grand moteur attendu de la croissance bénéficiaire. L’accélération des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, aéroportuaires et sportives, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030, devrait soutenir les carnets de commandes des entreprises du secteur.

SGTM figure parmi les groupes appelés à profiter de cette dynamique. Le bureau de recherche anticipe une montée en cadence de ses projets et une amélioration de l’efficacité opérationnelle grâce à l’exécution de chantiers de plus grande ampleur.

Cette activité soutenue ne serait cependant pas exempte de contraintes. La hausse des coûts des matériaux, les difficultés de mobilisation des ressources et l’augmentation des besoins en fonds de roulement pourraient peser sur les marges. La dépendance à la commande publique expose également les entreprises à d’éventuels ajustements des calendriers d’investissement.

Dans l’électricité, TAQA Morocco devrait bénéficier de la stabilité de ses activités historiques à Jorf Lasfar et du développement progressif de nouveaux projets dans les énergies renouvelables, l’eau et les infrastructures.

Les activités portuaires devraient également contribuer à la progression des résultats industriels. Marsa Maroc profiterait de la croissance des trafics, de l’amélioration de la composition de ses activités et de la montée en exploitation attendue de Nador West Med en 2027.

Au total, les entreprises industrielles suivies par BMCE Capital Global Research devraient réaliser un chiffre d’affaires de 259,7 milliards de dirhams en 2027, en progression de 7,5 %. Leur excédent brut d’exploitation atteindrait 70,4 milliards, tandis que leurs bénéfices cumulés augmenteraient de 5,8 %, à 30,3 milliards de dirhams.

La distribution moderne, l’agroalimentaire et la santé privée devraient aussi participer à cette croissance. LabelVie bénéficierait de l’extension de son réseau commercial, Cosumar d’une amélioration attendue des conditions de production sucrière et Akdital de la montée en maturité de ses établissements hospitaliers.

Le secteur des assurances présenterait une trajectoire différente. Malgré une augmentation estimée à 20,5 % des primes acquises en 2026, ses bénéfices ne progresseraient que de 4,2 %, en raison notamment de la hausse de la sinistralité et de résultats non techniques défavorables.

En 2027, les assureurs pourraient enregistrer un redressement plus marqué de leur rentabilité. BMCE Capital Global Research prévoit une augmentation de 15,3 % de leur résultat net part du groupe, à 2,2 milliards de dirhams, contre une progression de 8,6 % des primes acquises. Sanlam Maroc devrait notamment bénéficier de l’atténuation des facteurs ayant pénalisé ses résultats en 2026, après sa fusion avec Allianz Maroc.

Cette évolution des bénéfices aurait également des conséquences sur les distributions aux actionnaires. Pour les 40 sociétés de son périmètre, le bureau de recherche anticipe une masse de dividendes de 26,4 milliards de dirhams en 2026, puis de 28,6 milliards en 2027. Les progressions respectives atteindraient 6,5 % et 8,5 %.

Le rendement global des dividendes passerait ainsi de 2,6 % en 2025 à 2,9 % en 2026, avant d’atteindre 3,1 % en 2027, sur la base des hypothèses de capitalisation retenues.

L’amélioration des résultats modifierait également les niveaux de valorisation. Le ratio cours sur bénéfices, ou PER, des sociétés suivies reculerait de 20,6 fois les bénéfices en 2025 à 18 fois en 2026, puis à 16,8 fois en 2027.

Ce dernier niveau resterait inférieur à la moyenne historique de 20,3 fois observée sur dix ans. BMCE Capital Global Research y voit un potentiel de revalorisation, sous réserve que les entreprises réalisent effectivement les performances anticipées.

Toutes les valeurs ne présentent toutefois pas les mêmes perspectives. Sur les 40 sociétés analysées, seules sept afficheraient un ratio PEG inférieur à 1, indicateur qui rapproche la valorisation de la croissance attendue des bénéfices. Les banques, notamment BMCI, Crédit du Maroc et BCP, occupent une place importante dans ce groupe, avec des multiples relativement contenus et des perspectives de croissance bénéficiaire à deux chiffres.

Les projections restent néanmoins exposées à plusieurs incertitudes. La volatilité des matières premières, le renchérissement de l’énergie, les tensions géopolitiques et les fluctuations des taux de change pourraient affecter les marges industrielles. Pour les banques, les exigences prudentielles et une éventuelle remontée du coût du risque constituent des points de vigilance. Les assureurs demeurent, de leur côté, sensibles à l’évolution de la sinistralité et des marchés financiers.

Le passage de 2026 à 2027 devrait ainsi marquer une évolution importante du profil bénéficiaire de la cote casablancaise. La contribution exceptionnelle des mines laisserait davantage de place aux revenus bancaires, aux grands chantiers et aux infrastructures énergétiques.

Avec plus de 54 milliards de dirhams de bénéfices attendus et près de 29 milliards de dividendes potentiels, les sociétés suivies par BMCE Capital Global Research conserveraient une dynamique favorable. La réalisation de ces prévisions dépendra toutefois de la capacité des principaux secteurs à transformer leurs perspectives d’activité en résultats durables, dans un environnement où les contraintes sur les coûts et les marges restent présentes.

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