Le groupe marocain OCP reste sous la menace des droits compensateurs américains sur les engrais phosphatés. Le département du Commerce des États-Unis a retenu, le 3 novembre 2026, un taux de subvention de 20,04 % pour les exportateurs marocains, à l’issue d’un réexamen des mesures commerciales instaurées en avril 2021.
Cette décision concerne OCP, principal producteur marocain de phosphates, ainsi que les autres entreprises du Royaume exportant ces fertilisants vers le marché américain. Washington considère que la suppression des mesures existantes pourrait entraîner le maintien ou la réapparition de soutiens publics jugés préjudiciables à la concurrence.
Le taux de 20,04 % ne constitue toutefois pas, à ce stade, une décision définitive de prolongation des restrictions. La Commission américaine du commerce international (USITC) doit encore déterminer si leur suppression risquerait de porter préjudice aux producteurs américains d’engrais.
Cette seconde étape de la procédure devrait s’achever en avril 2027. Si la Commission conclut à un risque de dommage pour l’industrie nationale, les droits compensateurs pourront être maintenus. Dans le cas contraire, les mesures en vigueur pourraient être levées.
Le différend commercial remonte à juin 2020. Deux producteurs américains, Mosaic et J.R. Simplot, avaient alors engagé une procédure visant les importations d’engrais phosphatés en provenance du Maroc et de Russie. Ils reprochaient aux producteurs étrangers de bénéficier d’aides publiques leur permettant de vendre leurs produits dans des conditions de concurrence jugées inéquitables.
En avril 2021, les autorités américaines avaient instauré des droits compensateurs sur les fertilisants marocains, avec un taux initial de 19,97 %. Les réexamens successifs ont ensuite entraîné plusieurs modifications du niveau retenu pour OCP.
Une évaluation préliminaire publiée fin 2023 avait notamment ramené ce taux à 2,12 %. Il avait ensuite été relevé à 14,21 %, puis à 16,81 % en novembre 2024.
En août 2026, OCP et les autorités marocaines ont contesté les conclusions préliminaires du département américain du Commerce. Les entreprises Mosaic et Simplot ont, de leur côté, défendu le maintien des restrictions.
L’enjeu commercial est important pour le groupe marocain. Avant l’ouverture du différend, les importations américaines d’engrais phosphatés originaires du Maroc représentaient 751 millions de dollars en 2019.
Basé à Casablanca et détenu à 94,12 % par l’État marocain, OCP occupe une place majeure sur le marché international des phosphates. Le groupe contrôle plus de 70 % des réserves mondiales connues de roche phosphatée et a réalisé un chiffre d’affaires de 97 milliards de dirhams en 2024.
La position américaine présente néanmoins une particularité. Alors que Washington poursuit sa procédure sur les subventions présumées, l’administration de Donald Trump a adopté en juin 2026 une mesure temporaire destinée à faciliter l’approvisionnement des agriculteurs américains en engrais.
À la suite de la déclaration d’une situation d’urgence concernant les approvisionnements, les engrais phosphatés marocains ont été autorisés à entrer sur le marché américain sans droits d’importation pendant une période pouvant atteindre huit mois.
Cette exemption vise à réduire les coûts supportés par les exploitants agricoles américains. Elle ne met cependant pas fin à la procédure commerciale engagée contre les producteurs marocains et demeure distincte des droits compensateurs existants.
Les États-Unis maintiennent ainsi deux dispositifs parallèles. L’un permet temporairement l’importation de fertilisants marocains sans droits supplémentaires, tandis que l’autre examine la nécessité de conserver les restrictions commerciales visant ces mêmes produits.
Pour OCP, la prochaine échéance se situe désormais du côté de l’USITC. La Commission, qui a engagé son réexamen en juin 2026, doit rendre ses conclusions au plus tard en avril 2027, selon le calendrier annoncé.
Son appréciation du risque encouru par les producteurs américains déterminera la suite du dispositif commercial appliqué aux engrais phosphatés marocains, indépendamment de l’exemption temporaire accordée pour répondre aux besoins de l’agriculture américaine.


