Melilla a enregistré en 2025 seulement 691 naissances, contre plus de 3 000 dix ans plus tôt. Un recul vertigineux de 77 %, révélé par les dernières données sanitaires espagnoles. Ce repli historique coïncide avec le durcissement des conditions d’accès à l’enclave occupée, notamment pour les résidents marocains de la région de Nador.
La tendance ne date pas d’hier. Depuis 2020, les chiffres chutent chaque année : 1 196 naissances recensées cette année-là, puis 886 en 2021, 824 en 2022, et 763 en 2024. Mais la courbe s’est nettement accélérée après mars 2020, date à laquelle la frontière a été fermée dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Si un assouplissement est intervenu en mai 2022, de nouvelles restrictions ont été mises en place, notamment l’obligation de visa pour les habitants de la province voisine.
Le phénomène dépasse les dynamiques démographiques classiques. Pendant des années, une proportion notable des accouchements à Melilla concernait des femmes marocaines venues accoucher dans les hôpitaux de l’enclave. Ces structures faisaient alors office de recours sanitaire transfrontalier. Le resserrement des conditions d’entrée a mis fin à cette pratique, réduisant drastiquement le nombre d’accouchements enregistrés localement.
Au-delà des statistiques, la baisse souligne une réalité plus large. L’accès aux soins obstétricaux, devenu plus difficile pour de nombreuses femmes, s’est transformé en révélateur indirect des tensions politiques. Les décisions administratives et frontalières continuent d’avoir un impact direct sur les parcours de soins dans la région, redessinant peu à peu les équilibres sanitaires à la frontière nord du Maroc.




