Le groupe chinois Hangyu Technology a choisi le Maroc pour accueillir un investissement industriel de 105 millions d’euros, initialement destiné à la Slovaquie. Spécialisée dans la fabrication de composants métalliques pour les moteurs aéronautiques, l’entreprise a décidé de transférer son projet vers la Cité Mohammed VI Tanger Tech, après plusieurs difficultés administratives rencontrées dans le pays européen.
La décision a été approuvée le 8 octobre 2026 par Guizhou Aviation Technical Development, connue sous le nom de Hangyu Technology et cotée à la Bourse de Shanghai. Le montant de l’investissement reste fixé à 1,15 milliard de dirhams, soit environ 862 millions de yuans, malgré le changement de destination.
Annoncé en février dernier, le projet devait initialement voir le jour à Košice, dans l’est de la Slovaquie. Le groupe chinois souhaitait y installer une unité industrielle destinée à approvisionner ses clients européens. L’introduction de contrôles réglementaires supplémentaires par les autorités slovaques a cependant ralenti les démarches et compromis la visibilité sur le calendrier de réalisation.
Face à ces contraintes, Hangyu Technology a renoncé à son implantation slovaque et engagé la dissolution de la filiale locale créée pour porter l’investissement. Le groupe a finalement retenu Tanger pour développer ses futures activités de production.
Le choix marocain doit encore franchir plusieurs étapes administratives. Hangyu a conclu un accord préliminaire portant sur l’acquisition d’un terrain dans la zone industrielle de Tanger Tech, mais la transaction foncière définitive n’a pas encore été signée. Les autorisations de construction restent également à obtenir.
L’entreprise devra parallèlement satisfaire aux procédures chinoises encadrant les investissements à l’étranger. Celles-ci comprennent notamment les formalités auprès du ministère chinois du Commerce et de l’Administration nationale des changes, nécessaires au transfert des capitaux.
Sur le plan financier, Hangyu a validé une injection de 300 millions de yuans, soit près de 397 millions de dirhams, dans sa filiale détenue à 100 %, Sichuan Delan Hangyu Technology Development. Cette opération doit contribuer à réduire l’endettement de la société et à soutenir la création d’une entité marocaine provisoirement baptisée Atlas Advanced Materials.
Le projet envisagé en Slovaquie prévoyait une implantation sur plus de 15 hectares, avec une capacité annuelle de 80 000 pièces forgées et la création de 335 emplois directs. La mise en service était alors programmée pour la fin de l’année 2028.
Ces objectifs industriels et sociaux n’ont pas encore été reconduits pour le site marocain. Hangyu estime que les travaux nécessiteront 36 mois à compter de l’obtention des autorisations requises. Le dimensionnement définitif de l’usine déterminera les volumes de production et les effectifs nécessaires.
L’arrivée annoncée de Hangyu Technology concerne un segment particulièrement technique de la chaîne de valeur aéronautique. Le groupe fabrique des pièces métalliques de précision utilisées dans les moteurs d’avions, les turbines à gaz industrielles et certaines structures aéronautiques.
Sa production comprend notamment des anneaux forgés, des disques de turbine et des composants structurels conçus pour résister à des températures élevées, à de fortes pressions et à des contraintes mécaniques importantes.
Hangyu n’assemble pas de moteurs complets. Son activité consiste à fournir des éléments destinés aux grands équipementiers aéronautiques internationaux, parmi lesquels GE Aerospace, Safran, Rolls-Royce et Pratt & Whitney. Certaines de ses productions sont intégrées aux chaînes d’approvisionnement des moteurs de la famille CFM LEAP.
L’industriel chinois travaille différents matériaux techniques, notamment les superalliages à base de nickel et de cobalt, les alliages de titane et d’aluminium ainsi que les aciers à haute résistance.
Ses compétences couvrent le forgeage de précision, les traitements thermiques, les analyses métallurgiques et les contrôles non destructifs. Ces opérations permettent notamment de vérifier la qualité de pièces destinées à des équipements soumis à des exigences élevées de sécurité et de fiabilité.
Les marchés internationaux représentent plus de 40 % du chiffre d’affaires global de Hangyu Technology, selon les données communiquées.
Au premier semestre 2026, sa filiale Sichuan Delan Hangyu Technology Development a enregistré un chiffre d’affaires de 480,8 millions de yuans, équivalant à environ 636 millions de dirhams. Son bénéfice net s’est établi à 66,5 millions de yuans, soit près de 88 millions de dirhams.
Le ratio d’endettement rapporté aux actifs de cette filiale a reculé à 81,42 %, contre 85,85 % à la clôture de l’exercice 2025. L’apport financier approuvé par le groupe doit notamment accompagner l’amélioration de sa structure financière.
L’implantation envisagée à Tanger intervient dans un contexte de développement de l’industrie aéronautique marocaine, structurée autour de plusieurs pôles de production, notamment à Nouaceur et dans la région tangéroise.
Les exportations aéronautiques du Royaume ont atteint 2,47 milliards d’euros, enregistrant une progression de 14,9 %, selon les chiffres cités dans les informations disponibles.
La Cité Mohammed VI Tanger Tech présente plusieurs avantages pour les industriels tournés vers les marchés internationaux. Sa proximité avec le complexe portuaire Tanger Med facilite les échanges logistiques, tandis que les accords de libre-échange conclus par le Maroc offrent des possibilités d’accès à différents marchés.
La zone industrielle dispose également de mécanismes d’accompagnement administratif destinés aux investisseurs étrangers, notamment aux entreprises chinoises souhaitant développer leurs activités manufacturières dans le Royaume.
Le transfert du projet de Hangyu Technology vers Tanger représente ainsi une nouvelle perspective d’investissement pour la filière aéronautique marocaine. Sa concrétisation reste toutefois conditionnée à la finalisation de l’acquisition foncière, à la délivrance des permis nécessaires et à l’achèvement des procédures réglementaires chinoises.
L’enveloppe annoncée demeure inchangée à 105 millions d’euros, soit 1,15 milliard de dirhams. Aucune nouvelle échéance de mise en service n’a encore été communiquée pour la future usine marocaine.


