La hausse des primes d’assurance automobile engagée au Maroc devrait se prolonger au cours des prochaines années. La revalorisation d’environ 5 % appliquée à la responsabilité civile depuis le début du mois d’août constitue la première étape d’un ajustement appelé à s’étaler jusqu’en 2030.
Cette évolution trouve son origine dans la réforme du régime d’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation. La loi n° 70-24, publiée au Bulletin officiel du 29 janvier 2026 après sa promulgation le 22 janvier, modernise un dispositif qui remontait à 1984.
Le nouveau texte modifie plusieurs paramètres utilisés pour calculer les indemnisations liées aux dommages corporels. Le salaire de référence, fixé à 9.270 dirhams depuis plus de quarante ans, a été porté à 14.270 dirhams en janvier 2026. L’augmentation atteint ainsi près de 54 %. Le plafond des revenus retenus dans le calcul passe parallèlement de 640.000 dirhams à 1 million de dirhams.
Selon les indications communiquées au Parlement, les montants versés aux victimes pourraient progresser jusqu’à 150 % dans certaines situations. Cette revalorisation accroît mécaniquement les charges supportées par la responsabilité civile automobile, une garantie obligatoire pour les conducteurs.
L’impact attendu sur les tarifs a conduit à retenir une montée en charge progressive. Les évaluations réalisées à partir des données du marché font ressortir une augmentation annuelle proche de 5 % entre 2026 et 2030. Sur l’ensemble de la période, la hausse cumulée des primes de responsabilité civile pourrait atteindre environ 24 % à 25 %.
Le poids de l’automobile dans le marché de l’assurance donne une autre dimension à cet ajustement. En 2024, cette branche avait généré 15,2 milliards de dirhams de primes, représentant 25,4 % des 58,8 milliards de dirhams enregistrés sur l’ensemble de l’assurance directe.
La progression s’est poursuivie en 2025. Les primes de la branche automobile ont alors atteint 16,4 milliards de dirhams, dont 13,4 milliards pour la seule responsabilité civile. À activité comparable, une hausse cumulée proche de 25 % ferait progresser sensiblement les sommes versées par les assurés au cours des prochaines années.
La sinistralité constitue l’autre facteur déterminant. Les données provisoires pour 2025 font état d’environ 112.925 accidents corporels en zone urbaine, avec 1.664 décès et 6.123 blessés graves. À l’échelle nationale, plus de 150.000 blessés et plus de 3.600 décès sont recensés chaque année dans un parc supérieur à 4,5 millions de véhicules.
La réforme intervient enfin dans un marché où les prix de la responsabilité civile sont libres depuis 2006. Chaque compagnie fixe ses tarifs en fonction de ses propres paramètres, notamment de son niveau de sinistralité. Les augmentations ne sont donc pas nécessairement identiques d’un assureur à l’autre.
L’enjeu pour les prochaines années sera de concilier deux impératifs. La réforme améliore les montants susceptibles d’être versés aux victimes, mais elle se traduit parallèlement par une pression supplémentaire sur le budget des automobilistes. La progression des primes devrait ainsi rester étroitement liée à l’évolution du coût des sinistres et aux modalités d’application du nouveau cadre d’indemnisation.


