Le système financier marocain conserve une capacité de résistance jugée solide par le Comité de Coordination et de Surveillance des Risques Systémiques. Réuni le 7 juillet 2026 au siège de Bank Al-Maghrib, à Rabat, le Comité a examiné la situation financière nationale, approuvé la treizième édition du Rapport sur la stabilité financière au titre de 2025 et fait le point sur la feuille de route 2026-2030.
Présidé par le Wali de Bank Al-Maghrib, le CCSRS réunit l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux, l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale ainsi que le ministère de l’Économie et des Finances. Lors de cette vingt-troisième réunion, ses membres ont analysé la cartographie des risques systémiques, les travaux de son sous-comité mensuel et les évolutions macroéconomiques et financières observées ou attendues.
Le constat général reste favorable. Les indicateurs examinés montrent un système financier résilient, soutenu par des fondamentaux robustes et des marges prudentielles jugées confortables.
L’économie nationale a accéléré en 2025, portée par de meilleures conditions climatiques et par la vigueur de plusieurs activités non agricoles. La croissance est passée de 4,4 pour cent en 2024 à 4,9 pour cent en 2025. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, elle devrait atteindre 5,2 pour cent en 2026, avant de revenir à 3,1 pour cent en 2027, sous l’hypothèse d’une campagne céréalière moyenne.
L’inflation est restée contenue. Elle s’est établie à 0,8 pour cent en 2025, après 0,9 pour cent en 2024. Elle devrait remonter à 1,5 pour cent en 2026 puis à 2,1 pour cent en 2027. Sur le plan extérieur, le déficit du compte courant a atteint 2,4 pour cent du PIB en 2025. Il devrait se creuser à 4 pour cent en 2026 avant de se réduire légèrement à 3,8 pour cent en 2027.
Les finances publiques poursuivent leur trajectoire de consolidation. Le déficit budgétaire, hors produit de cession des participations de l’État, est revenu à 3,5 pour cent du PIB en 2025. Il devrait se situer à 3,4 pour cent en 2026 et 2027. La dette du Trésor devrait, dans ce cadre, continuer de reculer graduellement pour atteindre 65,1 pour cent du PIB en 2027.
Le crédit bancaire au secteur non financier a progressé de 6,5 pour cent en 2025, soutenu par l’activité non agricole et par l’assouplissement des conditions monétaires. Les créances en souffrance ont légèrement reculé, avec un taux ramené à 8,3 pour cent à fin 2025, contre 8,4 pour cent un an plus tôt. Leur couverture par les provisions reste proche de 68 pour cent.
Le secteur bancaire a consolidé ses performances pour la troisième année consécutive. Son résultat net agrégé, sur base sociale, a atteint 19,2 milliards de dirhams à fin décembre 2025, en hausse de 22,2 pour cent. Cette progression tient notamment à l’amélioration du produit net bancaire et au recul du coût du risque. Le ratio moyen de solvabilité ressort à 16,1 pour cent, tandis que le ratio des fonds propres de catégorie 1 atteint 13,5 pour cent, des niveaux supérieurs aux exigences réglementaires.
Les stress tests menés sur les principales banques continuent de confirmer leur capacité à absorber des chocs macroéconomiques sévères. Le ratio de liquidité à court terme demeure également au-dessus du minimum réglementaire.
Les infrastructures des marchés financiers présentent, elles aussi, un risque faible pour la stabilité financière. Les évaluations menées confirment leur résistance opérationnelle et financière.
Le secteur des assurances a poursuivi sa croissance en 2025. Son chiffre d’affaires a atteint 63,2 milliards de dirhams, en progression de 7,5 pour cent, porté à la fois par la branche vie et la branche non-vie. Le résultat net du secteur s’est établi à 5,3 milliards de dirhams, en hausse de 21,4 pour cent, soutenu par la bonne performance du résultat financier. Le rendement des fonds propres a atteint 11,1 pour cent, son plus haut niveau sur dix ans.
Le secteur bénéficie aussi de la hausse des plus-values latentes, portées à 62,5 milliards de dirhams dans le sillage des performances boursières. Le ratio réglementaire de marge de solvabilité a progressé pour atteindre 409,4 pour cent. Les tests de résistance confirment, selon le Comité, une résilience globale des compagnies d’assurances face à des conditions défavorables.
Le dossier des retraites reste, en revanche, plus fragile. L’application de la seconde tranche des augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024 a amélioré certains indicateurs financiers des régimes publics. Mais les déséquilibres structurels persistent et la viabilité à long terme n’a pas connu d’amélioration significative. Le Comité estime que la réforme systémique du secteur, autour de deux pôles public et privé, reste indispensable.
Après une forte progression en 2025, la Bourse de Casablanca a connu une phase de consolidation au premier semestre 2026. L’indice MASI s’est établi à 18.217,27 points au 30 juin, en baisse de 3,34 pour cent sur six mois. La capitalisation boursière est restée quasi stable, à 1.043 milliards de dirhams. La volatilité moyenne a augmenté, passant de 14,63 pour cent en 2025 à 21,5 pour cent au premier semestre 2026.
Le marché obligataire est demeuré actif. Les émissions de bons du Trésor ont atteint 58,18 milliards de dirhams à fin mai 2026, un niveau proche de celui observé un an plus tôt. Sur la dette privée, les émissions ont totalisé 41 milliards de dirhams, dont 32,7 milliards de titres de créances négociables et 8,3 milliards d’obligations.
La gestion collective poursuit également son développement. L’actif net global des OPCVM s’est établi à 832,85 milliards de dirhams au 19 juin 2026, en hausse annuelle de 6,1 pour cent. Les souscriptions nettes ont atteint 51,7 milliards de dirhams, principalement orientées vers les OPCVM Obligations court terme, monétaires et diversifiés.
La base des investisseurs continue de s’élargir. Le nombre de comptes-titres a atteint 434.515 au 31 mars 2026, en progression de 8,3 pour cent par rapport à fin 2025. Les porteurs de parts d’OPCVM étaient 34.326 au 19 juin, dont 74 pour cent de personnes physiques résidentes.
Le Comité a également pris note des avancées en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Il a appelé à poursuivre les efforts afin de consolider les acquis, maintenir la conformité aux standards internationaux et préparer le prochain cycle d’évaluations mutuelles du GAFIMOAN.
En marge de la réunion, Bank Al-Maghrib, l’AMMC et l’ACAPS ont signé une nouvelle convention d’échange de données. Elle actualise l’accord conclu en 2014 entre les trois autorités et renforce le partage d’informations nécessaires à leurs missions de préservation de la stabilité financière.

