Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont démarré 2026 sur une progression encore sélective. Selon BMCE Capital Global Research, les revenus des 67 sociétés ayant communiqué leurs indicateurs trimestriels ont atteint 87,7 milliards de dirhams au premier trimestre, en hausse de 7,3 % sur un an. Le mouvement reste toutefois moins robuste qu’il n’y paraît, puisque hors minières, la croissance se limite à 2,9 %, à 81,2 milliards de dirhams.
Le marché avance donc, mais porté par un nombre restreint de moteurs. La lecture sectorielle montre que les mines constituent le principal appui du trimestre. Le secteur a généré une contribution positive de 3,7 milliards de dirhams à la croissance des revenus, tirée notamment par Managem, dont le chiffre d’affaires progresse de 147,5 %. BMCE Capital Global Research explique cette performance par la montée en régime des projets Boto et Tizert, ainsi que par un environnement favorable sur les métaux précieux et de base.
Les industries, dans leur ensemble, affichent une hausse de 10,4 % de leur chiffre d’affaires. Cette performance masque néanmoins des évolutions contrastées. L’agroalimentaire ressort en retrait, pénalisé notamment par la baisse des revenus de Cosumar dans un contexte de faiblesse de la campagne sucrière. Le BTP recule également de 1,9 %, tandis que les mines, le transport, la santé, la distribution et les logiciels soutiennent la progression d’ensemble.
Le secteur financier joue, lui, en sens inverse. Le produit net bancaire des financières recule de 4,1 %, à 24,1 milliards de dirhams. Cette baisse tient principalement à une base de comparaison élevée sur les activités de marché, en repli de 60 % au premier trimestre 2026. Le premier trimestre 2025 avait bénéficié d’un contexte de taux plus favorable après l’assouplissement monétaire de l’année précédente. BMCE Capital Global Research souligne toutefois que les revenus récurrents restent bien orientés, avec une marge d’intérêts et une marge sur commissions en progression de près de 8 %.
Les assurances et le courtage apportent un autre relais de croissance. Les primes émises brutes du secteur progressent de 24,3 %, à 10,1 milliards de dirhams. Cette hausse est portée en grande partie par Wafa Assurance, dont l’activité bénéficie d’une collecte exceptionnelle en épargne et de la bonne dynamique des produits de prévoyance. Dans le tableau des réalisations trimestrielles, Wafa Assurance affiche une progression de 45,9 % de ses revenus au premier trimestre.
Au total, 43 sociétés présentent des revenus trimestriels en hausse sur un an, contre 22 en baisse. Ce rapport favorable ne suffit pas à effacer le ralentissement observé par rapport au quatrième trimestre 2025. En séquentiel, les revenus globaux reculent de 6,5 %, sous l’effet de la saisonnalité des industries, dont l’activité est généralement plus soutenue en fin d’année, et du repli du produit net bancaire des financières. Cette baisse est partiellement compensée par la forte progression des revenus des assurances et du courtage, liée au renouvellement des primes en début d’année.
Le taux de réalisation des prévisions annuelles reste légèrement en retrait. Sur le périmètre Scope 40 hors assurances et courtage, les revenus du premier trimestre représentent 21,8 % des prévisions 2026, contre 23,3 % au premier trimestre 2025. Les financières atteignent un taux de réalisation de 22,9 %, contre 24,8 % un an plus tôt. Les industries ressortent à 21,5 %, contre 22,8 % au premier trimestre 2025. BMCE Capital Global Research attribue ce léger décalage à un déploiement de l’activité plus marqué au second semestre, en raison du Ramadan, de l’Aïd au premier trimestre et de la forte pluviométrie qui a affecté les matériaux de construction.
L’investissement constitue l’autre fait saillant du trimestre. Les CAPEX des sociétés cotées progressent de 28,8 %, à 6,2 milliards de dirhams. Le transport concentre 40 % de l’enveloppe, devant les télécoms avec 22 % et les mines avec 16 %. Marsa Maroc explique l’essentiel de la contribution du transport, avec des investissements liés à l’extension des capacités portuaires et à la préparation de l’entrée en service de nouvelles infrastructures logistiques relatives à Nador West Med.
Maroc Telecom a investi 1,3 milliard de dirhams, en hausse de 18,9 % sur un an, dans le renforcement de ses infrastructures réseau et l’amélioration de la qualité de service. Les mines ont, pour leur part, enregistré près de 964 millions de dirhams de CAPEX, en baisse de 38,3 %, principalement dans le sillage des projets structurants de Managem, dont le projet de sulfate de cobalt, la première phase du projet gazier de Tendrara et les travaux d’expansion des capacités de production.
La dette nette progresse également. Hors financières, elle s’établit à 72,9 milliards de dirhams à fin mars 2026, en hausse de 4,5 % par rapport à fin 2025. Les télécoms représentent 26 % de cette dette nette, devant les mines avec 16 %, le BTP avec 12 % et l’immobilier avec 10 %. Itissalat Al-Maghrib affiche une dette nette de 18,8 milliards de dirhams, en progression de 6,6 %, sous l’effet d’une politique d’investissement soutenue dans les infrastructures télécoms et d’un retour à une distribution de dividendes élevée.
Les plus fortes hausses de revenus viennent appuyer le rôle des mines et de certaines valeurs de croissance. Managem progresse de 147,5 %, Minière Touissit de 102,4 %, Wafa Assurance de 45,9 %, Risma de 43,2 %, SMI de 36,1 %, CMGP Group de 31,2 %, M2M Group de 31 %, Auto Hall de 30,2 %, Akdital de 24,5 % et Disway de 20,9 %. À l’inverse, les plus fortes baisses concernent notamment Stroc Industrie, Réalisations Mécaniques, Afric Industries, BCP, Cosumar, Alliances, LafargeHolcim Maroc, Lesieur Cristal, Vicenne et Sonasid.
Ce premier trimestre donne ainsi l’image d’un marché en phase de transition. La croissance agrégée reste positive, les investissements repartent nettement et plusieurs secteurs affichent une dynamique solide. Mais la dépendance à quelques moteurs, notamment les mines et les assurances, invite à une lecture prudente. Le recul des financières, le tassement de certains secteurs industriels et le niveau de réalisation inférieur à celui de l’an dernier montrent que le véritable test se jouera sur les prochains trimestres.
Pour BMCE Capital Global Research, le trimestre ressemble à une phase de roulage avant le décollage. Les indicateurs restent orientés favorablement, mais la qualité de la croissance dépendra de l’élargissement de la reprise au-delà des secteurs qui ont porté les comptes du premier trimestre.

