17 C
Casablanca
vendredi 30 janvier 2026

CAN 2025 : la CAF sous le feu des critiques après son verdict sur le chaos de Rabat

La tension ne faiblit pas après la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, qui s’est soldée le 18 janvier dernier à Rabat par une victoire du Sénégal sur le Maroc, dans un climat de confusion et d’agitation. Mais ce n’est pas le score final qui continue d’agiter les commentaires. Ce sont les sanctions prononcées par la Confédération africaine de football, perçues dans le Royaume comme une décision partiale, déséquilibrée, voire politiquement calculée.

Dans la nuit du 28 au 29 janvier, la CAF a rendu son verdict. Et le Maroc a été frappé avec une sévérité que peu de commentateurs jugent justifiable. La Fédération royale marocaine de football s’est vue infliger une amende de 200 000 dollars pour des faits jugés mineurs, notamment le comportement de quelques ramasseurs de balle qui auraient tenté de récupérer la serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy. À cette sanction s’ajoutent 100 000 dollars supplémentaires pour des « actes d’obstruction à la VAR » et une intrusion supposée de l’encadrement marocain dans la zone réservée à l’arbitrage vidéo.

Deux cadres de l’équipe nationale, Ismaël Saibari et Achraf Hakimi, écopent respectivement de trois et deux matchs de suspension pour leur implication dans cette affaire. Des sanctions lourdes, immédiates, sans appel, dans un contexte pourtant profondément chaotique où les responsabilités étaient largement partagées.

Mais ce qui scandalise le plus, ce n’est pas ce que la CAF a sanctionné. C’est ce qu’elle a choisi d’ignorer.

Car au cœur de la polémique se trouve le comportement de la sélection sénégalaise, dont les joueurs ont quitté le terrain en plein match, provoquant une interruption prolongée. Un acte grave, rare à ce niveau de compétition, qui aurait dû entraîner des conséquences sportives lourdes, selon les règlements de la CAF elle-même. Pourtant, l’instance continentale s’est gardée d’en faire mention.

En entérinant un verdict aussi débonnaire, la CAF crée un précédent dangereux. Pour la première fois, une équipe quittant le terrain en pleine finale d’une compétition continentale conserve son titre sans que le résultat ne soit remis en question. Ce signal, perçu comme un aveu de faiblesse, ouvre une brèche redoutable : demain, d’autres sélections pourraient être tentées d’imiter ce « walk-off » dès qu’une décision arbitrale leur déplaît, convaincues que l’instance disciplinaire n’ira pas au-delà d’une amende ou d’une suspension symbolique. En refusant de trancher fermement, la CAF prend le risque de transformer le terrain en espace de négociation permanente, où la pression prime sur la règle et où l’image du football africain se retrouve, une fois encore, exposée aux doutes et à la dérision.

Même après avoir incité son équipe à quitter la pelouse en pleine match et poussé les supporters à des actes d’hooliganisme notoires, le sélectionneur sénégalais, Pape Bouna Thiaw, n’est suspendu que de cinq matchs pour « comportement antisportif ». Deux de ses joueurs, Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr, sont eux aussi suspendus deux rencontres pour avoir agressé verbalement l’arbitre. Mais aucune trace d’un abandon officiel de match, aucune qualification juridique du départ des joueurs. L’essentiel du scandale est ainsi contourné.

Dans la presse marocaine, l’indignation est unanime. Le Matin parle de sanctions « incompréhensibles ». Sur Medi1TV, le journaliste Maama Maoulainine écrit que la décision de la CAF a été « plus douloureuse que la défaite elle-même ». D’autres, comme Mohammed Ammor, ancien de beIN Sport, dénoncent un deux poids, deux mesures flagrant, rappelant qu’un joueur marocain a été suspendu trois matchs pour avoir couru vers une serviette, tandis qu’un entraîneur quittant la finale est écarté seulement cinq matchs.

Le sentiment d’un verdict politique se renforce. Du côté de Le360, la critique est frontale. Le média accuse la CAF d’avoir évité volontairement de trancher sur le point central : l’interruption du match par l’équipe sénégalaise. Selon ses journalistes, cette attitude revient à blanchir l’acte fondateur du chaos, pour ne punir que des comportements de second plan. Une stratégie de diversion qui permettrait à la CAF de ne pas compromettre l’image du vainqueur tout en affichant une apparente équité.

Mais dans les faits, le Maroc se retrouve en première ligne des sanctions, alors même que l’organisation de la compétition sur son sol a été saluée jusque-là pour sa rigueur et son efficacité. Plusieurs observateurs estiment que la CAF a élargi artificiellement la responsabilité du Royaume pour équilibrer son verdict, quitte à flouter les limites entre fautes réelles, incidents périphériques et dysfonctionnements logistiques.

Une autre question alimente la colère : pourquoi la CAF a-t-elle décidé de ne pas saisir la FIFA pour une extension des sanctions aux autres compétitions ? En clair, les suspensions infligées aux Sénégalais n’auront aucune conséquence sur la participation de leurs joueurs à la prochaine Coupe du monde. Ce choix accentue encore l’impression d’un traitement de faveur.

Dans les tribunes, sur les plateaux télé et en ligne, la frustration dépasse désormais le cadre du match. Ce qui est en jeu, pour beaucoup, c’est la crédibilité même de la CAF. L’institution, déjà régulièrement critiquée pour ses décisions opaques et son manque de transparence, sort une nouvelle fois affaiblie. Ses règlements, pourtant clairs sur les sanctions en cas d’abandon, semblent ici réinterprétés à la carte.

À Rabat, à Casablanca, mais aussi au sein de la communauté sportive africaine, une question reste en suspens : que reste-t-il des principes de justice sportive lorsque la politique et l’image viennent s’interposer ? La CAN 2025 devait être une vitrine pour le football africain. Elle laisse aujourd’hui l’amère impression d’un tournoi entaché par un arbitrage disciplinaire jugé partial, et par une gestion de crise qui jette le doute sur l’impartialité de ses dirigeants.

- Advertisement -

L'invité du Nouvelliste Maroc

spot_img
spot_img