À quelques mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, l’édition nord-américaine se retrouve cernée par une série de tensions inédites. Le tournoi, organisé conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, devait consacrer une première historique. Il s’ouvre désormais dans un climat d’incertitude.
Au Mexique, l’élimination de Nemesio Oseguera, dit El Mencho, chef du cartel Jalisco Nueva Generación, a déclenché une vague de violences d’ampleur. L’opération militaire qui a coûté la vie à celui que les autorités considéraient comme l’un des derniers grands parrains encore en activité a provoqué une riposte immédiate de son organisation. Barrages incendiés, routes coupées, commerces attaqués, tirs signalés dans plusieurs États, dont le Jalisco, épicentre du cartel.
Guadalajara, capitale de cet État et future ville hôte du Mondial, a été paralysée après un appel des autorités invitant la population à se mettre à l’abri. Des écoles ont suspendu leurs activités, des vols ont été annulés et des rassemblements publics interdits. Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants présents dans certaines régions mexicaines de limiter leurs déplacements. Depuis 2006, les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus dans le pays selon les chiffres officiels.
Le Mexique doit accueillir plusieurs rencontres à Guadalajara, Monterrey et Mexico. L’Estadio Akron, l’Estadio BBVA et l’Estadio Azteca figurent parmi les enceintes retenues. Si aucune modification officielle du calendrier n’a été annoncée, des discussions ont émergé sur les dispositifs de sécurité et sur la capacité des autorités à garantir la tenue des matches dans un contexte aussi volatil. Certaines compétitions locales ont déjà été reportées.
Le cartel Jalisco Nueva Generación, fondé en 2009, est aujourd’hui implanté dans l’ensemble des 32 États mexicains selon les autorités. Rival du cartel de Sinaloa, il est considéré comme un acteur majeur du trafic de stupéfiants vers les États-Unis et l’Europe. Sa capacité à mobiliser des hommes armés et à perturber des infrastructures en quelques heures a ravivé les interrogations autour de la sécurité du tournoi.
À ces tensions sécuritaires s’ajoute une crise sanitaire. Le Mexique fait face à une épidémie de rougeole inédite depuis des décennies avec plus de 10 000 cas confirmés et 31 décès. Une campagne de vaccination d’ampleur a été lancée pour contenir la propagation du virus.
Les États-Unis enregistrent eux aussi une recrudescence des cas, avec plus de 2 200 infections recensées en 2025 et plusieurs décès. En 2026, certains États comme la Caroline du Sud approchent le millier de cas. Le Canada, coorganisateur de la compétition, a perdu l’an dernier son statut de pays indemne de rougeole après plus de 5 000 cas signalés.
Le contexte politique complique encore l’équation. Les relations entre Washington et Ottawa se sont tendues depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les différends commerciaux et les déclarations offensives du président américain ont alimenté les crispations. Des appels au boycott du tournoi circulent également, nourris par la politique migratoire de l’administration américaine et par les restrictions de visas décidées ces derniers mois.
À ce stade, la Fédération internationale et les organisateurs maintiennent le cap. Aucun report ni déplacement de rencontres n’a été officialisé. Mais à quatre mois de l’ouverture, l’édition 2026 se retrouve confrontée à des défis sécuritaires, sanitaires et diplomatiques qui dépassent largement le cadre sportif.
