La transformation engagée par la Compagnie de Transports au Maroc ne relève plus d’un simple repositionnement. Les résultats de 2025 montrent que le groupe a commencé à structurer un modèle multimodal cohérent, capable de générer de la croissance tout en renforçant sa résilience.
Le premier indicateur tient à la dynamique globale. Avec un chiffre d’affaires consolidé de 1,827 milliard de dirhams, en hausse de 40,4 pour cent, CTM ne progresse pas seulement par effet de volume. Cette accélération traduit l’activation simultanée de plusieurs leviers. Le transport interurbain, socle historique, continue d’apporter des flux réguliers, mais il est désormais complété par des activités nouvelles qui élargissent le périmètre du groupe.
L’intégration du maritime constitue un tournant structurant. L’acquisition d’Africa Morocco Link en 2024 permet à CTM d’étendre son activité au-delà du réseau routier. Ce passage vers la mer change la nature même de l’entreprise. Elle ne se limite plus à transporter des passagers d’une ville à une autre, elle s’inscrit dans une logique de continuité des flux entre territoires, notamment entre le Maroc et l’Europe. Cette extension renforce mécaniquement le chiffre d’affaires, mais surtout elle réduit la dépendance à un seul segment.
Dans le même temps, le groupe a engagé une montée en puissance du transport urbain. Trois filiales sont désormais opérationnelles à Tétouan, Fès et Tanger. Cette présence dans les grandes agglomérations permet de capter une demande quotidienne, plus stable et moins saisonnière que l’interurbain. Elle crée aussi des synergies naturelles avec les autres activités. Un passager peut désormais s’inscrire dans un parcours intégré, du déplacement urbain jusqu’au trajet longue distance.
Ce maillage progressif du territoire constitue l’un des piliers du modèle. CTM ne juxtapose pas des activités, elle les articule. L’interurbain alimente l’urbain, le maritime prolonge les flux terrestres, et l’ensemble forme un système plus fluide. Cette logique explique en partie l’amélioration de la rentabilité, avec un EBITDA consolidé en hausse de 12,1 pour cent à 162,4 millions de dirhams.
L’autre levier tient à l’optimisation interne. Le groupe a travaillé sur sa grille d’exploitation, amélioré ses taux de remplissage et développé ses canaux digitaux. Cette modernisation permet de mieux capter la demande et d’ajuster l’offre en temps réel. Elle joue un rôle direct dans la progression de l’EBITDA social, qui atteint 172 millions de dirhams, en hausse de 20,8 pour cent.
Le modèle multimodal repose aussi sur une logique de diversification des risques. En répartissant ses activités entre plusieurs segments, CTM limite son exposition aux fluctuations propres à chacun. Une baisse sur l’interurbain peut être compensée par la montée du maritime ou de l’urbain. Cette répartition donne au groupe une stabilité que n’offrent pas les modèles mono-activité.
La progression du résultat net part du groupe, en hausse de 20,6 pour cent à 56,2 millions de dirhams, confirme cette solidité. Elle traduit non seulement la croissance de l’activité, mais aussi la capacité à transformer cette croissance en rentabilité.
Ce modèle commence également à produire des effets en termes de positionnement. CTM ne se présente plus uniquement comme un opérateur de transport, mais comme un acteur global de la mobilité au Maroc. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les besoins de déplacement deviennent plus complexes, avec des attentes en matière de fluidité, de connectivité et de continuité des services.
Les perspectives pour 2026 s’inscrivent dans cette continuité. La montée en charge des réseaux urbains, notamment à Fès et à Tanger, doit renforcer la base de revenus récurrents. Le développement du maritime ouvre de nouveaux corridors de croissance, tandis que l’interurbain reste un pilier structurant.
