Ryanair entend orienter une part de sa croissance vers le Maroc, au moment où la compagnie irlandaise traverse un exercice marqué par de fortes incertitudes sur le carburant, la guerre au Moyen-Orient et la compétitivité du transport aérien en Europe. Le groupe à bas coûts a renoncé lundi à livrer des prévisions annuelles, mais il a clairement cité le Royaume parmi les marchés appelés à bénéficier de ses futurs développements.
Michael O’Leary, directeur général de Ryanair, a expliqué que le conflit au Moyen-Orient avait brouillé les perspectives économiques, notamment en raison des tensions sur le détroit d’Ormuz et de l’envolée des prix du kérosène. La compagnie estime qu’il est trop tôt pour avancer une prévision de bénéfice fiable sur l’exercice 2026 2027, faute de visibilité sur le second semestre et dans un contexte de forte volatilité des coûts énergétiques.
Ryanair reste couverte à hauteur de 80 pour cent de ses besoins en carburant pour l’exercice en cours, grâce à des achats réalisés à l’avance autour de 67 dollars le baril de kérosène. Le prix du carburant a toutefois dépassé 150 dollars le baril, selon le groupe, qui s’attend à des niveaux encore élevés pendant plusieurs mois par rapport à la période précédant le conflit.
Dans ce climat tendu, la stratégie de croissance de Ryanair prend une dimension plus sélective. Michael O’Leary a indiqué vouloir privilégier les régions et les aéroports qui réduisent les taxes sur l’aviation et encouragent l’augmentation du trafic. Le Maroc figure dans cette liste aux côtés de l’Albanie, de l’Italie, de la Slovaquie et de la Suède. À l’inverse, le groupe compte réduire son exposition aux marchés jugés trop taxés ou moins compétitifs, comme l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne et certaines zones d’Espagne.
Le choix de citer le Maroc confirme l’intérêt de Ryanair pour un marché où la croissance aérienne reste attractive. La compagnie, présente dans 36 pays principalement en Europe, cherche à orienter ses capacités vers les destinations capables d’offrir un cadre plus favorable à l’expansion du trafic, alors que les taxes environnementales dans l’Union européenne pèsent de plus en plus lourd sur ses coûts.
Michael O’Leary a dénoncé une nouvelle hausse attendue de ces taxes en Europe, évaluée à 300 millions d’euros supplémentaires cette année. Elles devraient atteindre environ 1,4 milliard d’euros, selon Ryanair, ce qui rendrait le transport aérien européen moins compétitif face à d’autres marchés.
Ces annonces interviennent malgré une nette progression des résultats du groupe. Sur son exercice clos fin mars, Ryanair a dégagé un bénéfice de 2,174 milliards d’euros, en hausse de 35 pour cent, pour un chiffre d’affaires de 15,544 milliards d’euros, en progression de 11 pour cent. La compagnie a transporté 208,4 millions de passagers sur l’année, soit une hausse de 4 pour cent, et vise 216 millions de voyageurs sur l’exercice en cours.
Le groupe maintient par ailleurs son objectif de 300 millions de passagers à l’horizon 2034. La hausse de 10 pour cent du prix des billets a soutenu les résultats de l’exercice 2025 2026, après le repli de 7 pour cent enregistré l’année précédente. Ryanair prévient toutefois que les tarifs commencent à se modérer, sur fond d’incertitudes géopolitiques et de pression sur le pouvoir d’achat.
À la Bourse de Dublin, le titre reculait de plus de 2,5 pour cent en début de matinée. Le marché a surtout retenu l’absence de prévisions annuelles, même si la compagnie affiche une trajectoire financière solide et une volonté claire de redéployer sa croissance vers des marchés plus compétitifs, dont le Maroc.

