Croissance, inflation, investissement… ce que prévoit le HCP pour la fin de 2026

L’économie marocaine devrait maintenir sa dynamique de croissance jusqu’à la fin de l’année 2026, malgré les répercussions de la crise énergétique provoquée par la guerre en Iran. Selon les dernières estimations du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le produit intérieur brut (PIB) progresserait de 4,1% au troisième trimestre, avant d’accélérer à 4,7% au quatrième trimestre. Cette évolution ferait suite à une croissance de 4% enregistrée entre avril et juin, contre 4,6% durant les trois premiers mois de l’année.

Le conflit déclenché fin février en Iran a entraîné une forte augmentation des cours mondiaux de l’énergie, qui ont retrouvé leurs niveaux records de 2022. Pour l’économie marocaine, les conséquences se sont principalement traduites par une hausse des coûts des matières premières énergétiques et minérales, pénalisant particulièrement les branches industrielles.

Au deuxième trimestre, les activités secondaires ont ainsi reculé de 3,9%, tandis que l’agriculture et les autres activités primaires ont affiché une progression de 20,9%. Les services ont également contribué à soutenir l’activité, avec une croissance de 4%, permettant de limiter les effets du renchérissement des coûts de production sur l’ensemble de l’économie.

Les tensions énergétiques ont également pesé sur l’investissement. La formation brute de capital a augmenté de 6,8% au deuxième trimestre, après une progression de 10,8% au trimestre précédent. Ce ralentissement s’explique notamment par la réduction des marges des entreprises et une demande moins soutenue sur le marché du logement.

La consommation a toutefois conservé une évolution favorable, avec une hausse de 4,1%. Elle a bénéficié de l’amélioration des revenus liés à l’emploi, en progression de 4%, ainsi que d’une augmentation du recours au crédit. L’endettement a ainsi progressé de 4,5% à fin juin, contre 3,9% trois mois auparavant.

Les déséquilibres financiers se sont parallèlement accentués. Le besoin de financement de l’économie nationale a atteint 22 milliards de dirhams au deuxième trimestre 2026, contre 10,3 milliards durant la même période de 2025. Le HCP attribue cette évolution à l’aggravation du déficit commercial, sous l’effet de la facture énergétique, mais aussi à l’augmentation du déficit public, liée notamment aux mesures de soutien destinées à contenir les prix et aux dépenses d’investissement de l’État.

Au troisième trimestre, les estimations du HCP font état d’une croissance de 4,1%, portée principalement par une hausse de 19,9% de l’activité agricole. Les services auraient progressé de 3,9%, grâce notamment à l’hébergement, à la restauration et aux activités financières et non marchandes.

La situation industrielle serait restée plus difficile, même si le recul des activités secondaires se serait atténué à 1,9%, après une contraction de 3,9% au trimestre précédent. L’agroalimentaire, l’automobile et les équipements électriques auraient mieux résisté, contrairement au textile, à la chimie, au caoutchouc et à l’électronique.

Le commerce extérieur aurait également subi les conséquences de la hausse des prix des produits importés, plus rapide que celle des prix à l’exportation. La croissance des exportations en volume serait revenue à 6,2%, contre 7,6% au deuxième trimestre. Le ralentissement simultané des importations aurait néanmoins permis de réduire la contribution négative des échanges extérieurs à la croissance, passée de 1,6 à 1,2 point.

Sur le front des prix, le troisième trimestre aurait été marqué par un léger recul de l’inflation, estimé à 0,3%. Cette évolution résulterait principalement de la baisse de 3,6% des prix alimentaires, notamment ceux du poulet, des légumes, des œufs et de l’huile d’olive. À l’inverse, les produits non alimentaires auraient enregistré une augmentation de 2,4%, alimentée par les prix de l’énergie.

Cette détente des prix aurait accompagné une progression de 4,1% de la consommation des ménages. L’investissement aurait, de son côté, augmenté de 6,2%, les projets d’infrastructure compensant partiellement les difficultés rencontrées par les entreprises face au coût des équipements importés et des matériaux de construction.

Les conditions monétaires seraient demeurées relativement favorables. Les créances sur l’économie auraient augmenté de 11,1% sur un an au troisième trimestre, tandis que la masse monétaire aurait progressé de 11,9%. Les réserves officielles de change auraient, pour leur part, enregistré une hausse de 19,9%.

Face à l’accentuation du déficit de liquidité bancaire, Bank Al-Maghrib aurait renforcé ses interventions auprès des établissements de crédit, tout en conservant son taux directeur à 2,25% pour le sixième trimestre consécutif.

Sur le marché des changes, le dirham se serait déprécié de 2,2% face à l’euro et de 3,8% par rapport au dollar. Les rendements des bons du Trésor auraient également augmenté, de 19 points de base pour les maturités à un an et de 48 points pour celles à cinq ans.

La Bourse de Casablanca aurait, quant à elle, poursuivi son mouvement de correction entamé au début de l’année. L’indice MASI aurait cédé 6,8% en glissement annuel au troisième trimestre, après une baisse de 0,4% au trimestre précédent. La capitalisation boursière aurait néanmoins progressé de 4%, malgré le recul des valeurs de plusieurs secteurs, dont la chimie, l’électricité, l’industrie agricole, les loisirs et l’hôtellerie.

Pour les trois derniers mois de 2026, le HCP anticipe une accélération de la croissance à 4,7%, à condition que les prix de l’énergie restent relativement stables et qu’aucune nouvelle perturbation majeure ne survienne.

Cette amélioration serait notamment favorisée par la reprise progressive des industries extractives, après l’achèvement des opérations de maintenance engagées au cours des deux trimestres précédents. Le réajustement des exportations d’engrais, en lien avec la reconstitution des stocks dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique, contribuerait également à cette évolution.

L’agriculture et les services conserveraient un rôle déterminant, avec une contribution cumulée proche de quatre points à la croissance du quatrième trimestre.

La demande intérieure devrait également rester bien orientée. Les dépenses de consommation des ménages progresseraient de 4,3%, soutenues par des conditions de crédit favorables et le maintien des dispositifs budgétaires destinés à atténuer les effets de l’inflation énergétique. L’investissement afficherait une hausse de 6,8%, principalement grâce aux grands chantiers d’infrastructure.

Ces perspectives restent toutefois tributaires de l’évolution de la situation internationale. Une aggravation des tensions au Moyen-Orient, associée aux difficultés d’approvisionnement et aux pressions sur les prix durant l’hiver, pourrait freiner l’activité économique.

À l’inverse, un apaisement des contraintes pesant sur les marchés énergétiques et une baisse des cours pétroliers permettraient d’envisager une croissance de 5,3% au quatrième trimestre, selon le scénario favorable présenté par le HCP.

Dans cette hypothèse, l’industrie retrouverait une progression de 1,6%, notamment grâce au redressement des activités chimiques. La diminution des prix de l’énergie et des produits alimentaires soutiendrait le pouvoir d’achat des ménages, tandis que la stabilité des taux d’intérêt contribuerait à préserver les capacités financières des entreprises et à encourager l’investissement.

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