Plusieurs milliers d’habitants de Sebta ont manifesté mercredi contre la réponse apportée par Madrid à la situation migratoire dans l’enclave. La mobilisation intervient près de cinq semaines après les passages massifs enregistrés en juillet, qui auraient concerné au moins 72 000 personnes.
Le rassemblement s’est tenu le jour de la fête annuelle de Sebta, ville d’environ 80 000 habitants. Des drapeaux ont accompagné le cortège, tandis que les participants réclamaient une protection accrue de l’enclave et dénonçaient l’action du gouvernement central.
Certains slogans ont directement visé le Premier ministre Pedro Sanchez, dont la démission a été réclamée par une partie des manifestants. Des appels à l’expulsion des migrants ont également été entendus. D’autres mobilisations ont eu lieu dans plusieurs villes espagnoles, notamment Madrid, Barcelone et Bilbao.
La pression reste forte à Sebta. Plus de 10 000 migrants, parmi lesquels figurent des mineurs non accompagnés, se trouveraient encore dans l’enclave selon les autorités locales. Une partie est hébergée dans des installations improvisées, tandis que d’autres personnes vivent dans les rues ou sur les plages.
Cette situation nourrit depuis plusieurs semaines une contestation presque quotidienne. Des habitants demandent le retour des migrants vers leur pays d’origine ou leur transfert vers différentes régions espagnoles afin que Sebta n’assume pas seule leur prise en charge.
David Hernandez, enseignant âgé de 45 ans, a dénoncé une réaction tardive et insuffisante de l’État. Il estime que les habitants de Sebta ne peuvent être traités comme des personnes de seconde catégorie et réclame davantage de moyens.
Les tensions ont parfois dégénéré. Un campement installé sur la plage d’El Trampolin a été visé par plusieurs attaques au cours des dernières manifestations. Des migrants ont par ailleurs été interpellés après des jets de pierres et de bouteilles contre des patrouilles militaires.
La mobilisation organisée mercredi dans plusieurs villes espagnoles avait été appelée par la Fédération espagnole des municipalités et provinces, contrôlée par le Parti populaire, principale formation d’opposition.
Le gouvernement espagnol de gauche a pris ses distances avec cette initiative et reproche à la droite d’utiliser la situation à des fins politiques. Le ministre de la Politique territoriale, Angel Victor Torres, considère que l’objectif de la mobilisation est davantage de s’en prendre à l’exécutif que de soutenir Sebta et ses habitants.
Une initiative citoyenne baptisée Por Sebta affirme de son côté avoir recueilli près de 65 000 signatures. Son texte défend le respect des droits des habitants comme des migrants, demande le retour organisé des personnes ne disposant pas du droit de rester et réclame des renforts supplémentaires pour assurer la sécurité. Ses responsables assurent n’être liés à aucune formation politique.
Des organisations et syndicats de gauche ont parallèlement organisé des contre-manifestations, notamment à Madrid. Ils entendaient dénoncer les actes et discours racistes et islamophobes visant les migrants depuis les arrivées massives de juillet.
Sur le plan politique, aucun compromis n’a encore été trouvé entre les autorités locales et Madrid. Le Parti populaire, qui dirige la majorité des régions espagnoles, parfois avec Vox, demande le départ de l’ensemble des migrants encore présents, y compris des mineurs.
Madrid a porté à plus de 3 400 le nombre de places disponibles dans les structures d’accueil temporaire, contre environ 500 auparavant. Plus de 1 600 policiers ont également été mobilisés.
Ces moyens restent insuffisants aux yeux de responsables politiques et d’organisations locales, qui jugent nécessaire d’accroître les capacités d’accueil et les dispositifs de sécurité.
Juan Miguel Morales, directeur de l’association Sur Acoge, estime que le règlement de la situation dépend à la fois des financements accordés par l’État et des espaces mis à disposition par les autorités locales. Il reconnaît également que la réponse institutionnelle n’a pas été suffisamment rapide.


