Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira s’est imposé, au fil des années, comme l’un des grands laboratoires des musiques du monde. Plus qu’une succession de concerts, l’événement a fait de la fusion artistique une marque de fabrique, en plaçant la rencontre entre la Tagnaouite et d’autres traditions musicales au cœur de son identité.
Depuis sa création, le festival a accueilli des artistes aux univers très différents, de Carlos Santana à Khaled, des Maîtres Qawalis du Pakistan à Marcus Miller, de Robert Plant et Jimmy Page à Carlinhos Brown, Randy Weston, Cimafunk ou encore Faiz Ali Faiz. Tous ont partagé la scène avec des Maâlems gnaoua à Essaouira, donnant naissance à des créations inédites qui ont contribué à inscrire le festival dans l’histoire des musiques du monde.
À Essaouira, la fusion ne relève pas du simple effet d’affiche. Elle repose sur un travail artistique mené en amont, nourri par l’écoute, la recherche et l’expérimentation. Chaque rencontre est pensée comme une création originale, où l’art gnaoua dialogue avec d’autres langages sans perdre son identité.
Cette approche a permis aux Maâlems de croiser leur héritage avec le jazz de Randy Weston, Marcus Miller, Joe Zawinul ou Pat Metheny, les sonorités afro-brésiliennes de Carlinhos Brown, le funk de Maceo Parker, les traditions soufies des qawalis du Pakistan, le rock de Robert Plant et Jimmy Page ou encore le raï de Khaled.
Certaines de ces rencontres ont dépassé le cadre du festival pour continuer à circuler sur d’autres scènes et dans la mémoire des publics. C’est l’une des singularités d’Essaouira, faire naître des créations qui ne s’éteignent pas avec la fin du concert.
« Pensée comme un espace de rencontre, la programmation fait dialoguer traditions et formes contemporaines à travers des trajectoires artistiques singulières. Les fusions y occupent une place centrale, comme autant de créations vivantes où les langages se croisent, s’écoutent et se transforment », souligne Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde.
Cette philosophie se retrouve dans la 27e édition, prévue du 25 au 27 juin. Le concert d’ouverture, porté par Mehdi Nassouli, réunira l’art gnaoua et la danse Intore du Rwanda, deux patrimoines inscrits à l’UNESCO. La création associera aussi la troupe i Buhoro, la chanteuse marocaine Sara Moullablad, l’artiste indienne Ganavya et le musicien français Sylvain Barou.
La résidence artistique occupera également une place centrale. Elle rassemblera Maâlem Hassan Boussou, Alexandre Herichon, Mohamed Derouich, Jacques Schwarz-Bart, Cheikh Ndoye, Karim Ziad et Meryem Aassid autour d’une œuvre collective conçue spécialement pour Essaouira.
« Le Festival Gnaoua n’a jamais été conçu comme une succession de concerts. Sa vocation est de provoquer la rencontre et de créer les conditions d’une véritable aventure artistique. Les résidences et les fusions sont devenues l’une de ses signatures les plus fortes, car elles permettent aux artistes de prendre le temps d’explorer, d’inventer et de construire ensemble des œuvres inédites. Ce succès nous pousse davantage à approfondir les résidences artistiques et les créations originales », explique Karim Ziad, directeur artistique du festival.
D’autres rencontres prolongeront cette logique. Maâlem Mehdi Qamoum partagera la scène avec The Harlem Spirit of Gospel by Anthony Morgan, dans un dialogue entre gospel et guembri. Carlinhos Brown retrouvera Essaouira aux côtés de Maâlem Hamid El Kasri, pour une création autour des racines africaines communes aux traditions gnaoua et afro-brésiliennes.
Le festival accueillera aussi Richard Bona, avec Asma Lmnawar comme invitée spéciale, ainsi qu’une rencontre entre Maâlem Mohamed Montari et Badume’s Band, accompagné de la chanteuse Selamnesh Zéméné, autour des résonances entre rythmes gnaoua et mélodies éthiopiennes.
Près de trois décennies après sa création, le Festival Gnaoua continue ainsi de défendre une idée exigeante de la fusion. À Essaouira, elle n’est pas un exercice de style, mais un patrimoine vivant, un espace d’innovation où se construisent des œuvres capables de traverser les frontières, les genres et les générations.

