Fromageries Land’Or : la success story marocaine d’un groupe tunisien

Pour Land’Or, le Maroc n’est plus seulement un marché de présence. Dans ses états financiers consolidés arrêtés au 31 décembre 2025, le groupe tunisien spécialisé dans la production de fromages laisse apparaître un ancrage marocain de plus en plus structurant, porté par deux filiales régies par la loi marocaine, Land’Or Maroc Food & Services et Land’Or Maroc Industries.

La première dispose d’un capital de 9 millions de dirhams. La seconde, Land’Or Maroc Industries, porte la dimension industrielle du groupe dans le Royaume, avec un capital de 150,5 millions de dirhams. Le Maroc figure également dans le périmètre ESG consolidé de Land’Or, qui couvre ses sites de production en Tunisie et au Maroc, ainsi que ses activités de transport et de logistique.

Cette trajectoire n’a pourtant pas été linéaire. Land’Or Maroc avait connu une séquence difficile au milieu des années 2010, après un incident technique survenu en 2013, puis l’interdiction d’importation au Maroc des produits d’origine animale en provenance de Tunisie entre septembre 2014 et mai 2015. Ces deux épisodes avaient lourdement pesé sur la situation financière de la filiale et provoqué des pertes cumulées.

Dix ans plus tard, le dossier marocain raconte une autre histoire. Le groupe met en avant l’évolution positive de l’activité de sa filiale au cours des dernières années, notamment avec le démarrage du projet industriel au Maroc. Ce redressement a conduit Land’Or à introduire, le 22 août 2024, une nouvelle demande d’autorisation auprès de la Banque Centrale de Tunisie pour restructurer sa filiale marocaine. L’opération envisagée porte sur la conversion d’une ancienne créance de 5,9 millions d’euros, datant des exercices 2013 et 2014, en participation dans le capital.

Land’Or Maroc Industries illustre cette montée en puissance. Détenue entièrement par Land’Or jusqu’en 2024, la filiale industrielle a procédé en 2025 à une augmentation de capital de 7,526 millions de dirhams entièrement réservée à MPEF IV. Land’Or conserve toutefois 95 % du contrôle de LMI, qui reste intégrée globalement dans les comptes consolidés du groupe.

À l’échelle consolidée, Land’Or a réalisé en 2025 des revenus de 269,8 millions de dinars tunisiens, contre 259 millions un an plus tôt. Le résultat net consolidé s’établit à 7,25 millions de dinars, en recul par rapport aux 12,63 millions de 2024, tandis que le résultat net part du groupe ressort à 7,41 millions de dinars.

Le cœur du modèle reste industriel. Cette activité représente 201,9 millions de dinars de revenus en 2025, loin devant le commerce, à 67,8 millions. Elle porte également la rentabilité du groupe, avec un résultat net positif de 12,57 millions de dinars, alors que les pôles commerce et distribution affichent des pertes respectives de 2,16 millions et 3,15 millions de dinars.

C’est là que se dessine la success story marocaine de Land’Or. Après une phase de blocage, de pertes et de restructuration, le Maroc apparaît désormais comme un relais industriel intégré à la stratégie du groupe. L’entrée de MPEF IV au capital de Land’Or Maroc Industries, même minoritaire, renforce cette lecture. Elle confirme que l’outil marocain n’est pas périphérique, mais appelé à accompagner la prochaine étape de développement.

Pour le groupe tunisien, le pari marocain consiste désormais à transformer cet ancrage industriel en moteur de croissance durable. Les comptes ne détaillent pas encore la contribution propre des filiales marocaines au chiffre d’affaires ou au résultat consolidé. Mais ils montrent déjà une chose, le Maroc est devenu une pièce importante de l’architecture industrielle de Land’Or.

 

L'invité du Nouvelliste Maroc

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