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mardi 3 février 2026

Gazoduc Nador-Mohammedia : on en sait un peu plus sur le blocage du projet

Le ministère de l’Énergie avait récemment annoncé sans explication claire la suspension d’un appel d’offres pour la construction d’un gazoduc stratégique entre Nador et Mohammedia. Selon un document officiel et une source proche du dossier, c’est l’opposition du ministère des Finances qui a conduit à cette décision. Risques budgétaires, procédures non validées, flou réglementaire… Plusieurs éléments viennent éclairer les coulisses de ce retrait inattendu. Les voici :

Le ministère de l’Énergie a suspendu un appel d’offres clé pour la construction d’un gazoduc au Maroc, à la suite d’une intervention du ministère des Finances. Cette décision intervient alors que le Royaume cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique et à réduire sa dépendance au charbon.

L’appel d’offres, lancé en janvier dans le cadre d’un partenariat public-privé, devait permettre la construction d’une infrastructure reliant un futur terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) au port de Nador West Med à un gazoduc existant déjà utilisé pour les importations de GNL depuis l’Espagne. Le projet incluait également une extension vers les zones industrielles de Mohammedia et Kénitra.

Mais le ministère des Finances a opposé un veto, évoquant dans un document consulté par Reuters des manquements de procédure, une absence d’approbation préalable, des incertitudes sur le cadre juridique et des déséquilibres dans la répartition des risques entre partenaires publics et privés. Le document, signé par la ministre des Finances, souligne que le projet avait été lancé sans validation de son éligibilité au cadre des partenariats public-privé, comme l’exige la réglementation.

Il pointe également une absence de vision claire sur l’organisme public chargé de superviser le projet, ainsi qu’un manque de visibilité sur la soutenabilité budgétaire de l’opération.

Lundi, le ministère de l’Énergie avait annoncé la suspension du processus, évoquant laconiquement de « nouveaux paramètres », sans entrer dans les détails. Aucune réaction officielle n’a été apportée mardi par les deux ministères concernés.

Malgré cette suspension, le ministère des Finances affirme dans le document rester engagé en faveur du projet, et se dit prêt à relancer son évaluation une fois les conditions réunies.

Pour certains observateurs, cette mise en pause pourrait répondre à une logique de prudence face aux incertitudes qui pèsent sur les marchés énergétiques mondiaux. « Dans un contexte de volatilité des prix du gaz, éviter un verrouillage à long terme dans les infrastructures fossiles peut être une stratégie avisée », estime Rachid Ennasiri, directeur du think tank indépendant IMAL, spécialisé dans les politiques climatiques. Il plaide pour une accélération des investissements dans les énergies renouvelables et les technologies de stockage.

La stratégie énergétique nationale prévoit d’augmenter la part des énergies renouvelables à 52 % de la capacité installée d’ici 2030, contre 45 % aujourd’hui. Le charbon reste toutefois dominant : en 2024, il représentait 60 % de la production électrique, contre 10 % pour le gaz naturel, et environ 25 % pour l’éolien et le solaire, selon les données de l’Agence nationale de régulation de l’électricité (ANRE).

La demande en gaz naturel est appelée à croître fortement dans les années à venir, avec un objectif fixé à 8 milliards de mètres cubes à l’horizon 2027, contre environ 1 milliard actuellement.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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