Hydrogène vert : l’ONUDI trace la voie pour décarboner l’industrie marocaine

Le Maroc dispose désormais d’une cartographie plus précise des leviers techniques et financiers susceptibles d’accélérer l’utilisation de l’hydrogène vert dans son industrie. Deux travaux de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel mettent en lumière les possibilités offertes aux filières de l’acier, des engrais et du ciment, tout en identifiant les conditions nécessaires au passage vers des projets industriels de grande échelle.

Réalisés dans le cadre d’une coopération avec le Fonds vert pour le climat et le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, ces travaux accordent une place particulière à la sidérurgie. L’ONUDI considère que l’utilisation de l’hydrogène pour produire du fer directement réduit constitue une option crédible pour accompagner la décarbonation de cette activité au Maroc.

L’enjeu prend une dimension commerciale avec l’application du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne. L’acier et le ciment marocains destinés au marché européen sont directement concernés par ce nouveau cadre, renforçant l’intérêt économique d’une réduction de leur empreinte carbone.

La sidérurgie nationale produit actuellement environ 480 000 tonnes par an et repose largement sur des fours électriques utilisant de la ferraille. Cette configuration présente déjà une intensité carbone inférieure à celle des procédés traditionnels fondés sur les hauts-fourneaux. La disponibilité future de la ferraille constitue cependant un enjeu pour la filière.

L’étude technique menée pour l’ONUDI a comparé Casablanca, Nador et Jorf Lasfar avant de retenir ce dernier comme implantation privilégiée pour un projet fondé sur l’hydrogène. Le site bénéficie notamment d’infrastructures portuaires, de raccordements électriques, de disponibilités foncières et de capacités de dessalement déjà présentes.

Le scénario étudié à Jorf Lasfar porte sur une production annuelle de 800 000 tonnes de fer directement réduit. Il nécessiterait un électrolyseur de 246 MW ainsi que 638 MW de capacités éoliennes et 513 MW de solaire photovoltaïque.

L’investissement global est évalué à 2,47 milliards de dollars. Dans la configuration retenue, associant à parts égales ferraille et fer réduit grâce à l’hydrogène, l’intensité carbone de l’acier liquide pourrait passer d’environ 387 à 315 kg d’équivalent CO₂ par tonne. Des scénarios reposant entièrement sur le fer directement réduit à l’hydrogène permettraient d’aller beaucoup plus loin dans la baisse des émissions.

La disponibilité de l’eau fait partie des paramètres étudiés. Pour répondre aux besoins de l’électrolyse sans exercer de pression supplémentaire sur les ressources conventionnelles, l’ONUDI envisage le recours au dessalement d’eau de mer.

Une première configuration nécessiterait environ 2 000 m³ d’eau par jour et un investissement estimé à 6,5 millions de dollars. Une installation plus importante, capable de produire 10 000 m³ quotidiennement et de répondre à d’autres usages industriels, représenterait un investissement de 32,7 millions de dollars.

Le financement constitue l’autre grand chantier. L’ONUDI estime les besoins sectoriels liés au déploiement de l’hydrogène vert dans l’industrie marocaine à 6,5 milliards de dollars.

Plusieurs sources peuvent être mobilisées. Au Maroc, les mécanismes de garantie, les financements verts, le marché des obligations durables et le futur Fonds climatique national constituent des points d’appui. Aucun dispositif national n’est toutefois exclusivement consacré à l’hydrogène vert à ce stade.

À l’échelle régionale, le Partenariat vert entre le Maroc et l’Union européenne ouvre l’accès à plusieurs instruments de financement concessionnel, d’assistance technique et de partage des risques. Les banques européennes de développement et les mécanismes associés à l’Union européenne font partie des sources identifiées.

Le Fonds vert pour le climat, le Fonds pour l’environnement mondial, les Fonds d’investissement climatique, la Banque africaine de développement et le Groupe Banque mondiale complètent les possibilités disponibles au niveau international.

Les engrais constituent, selon l’ONUDI, le débouché marocain le plus avancé à court terme. OCP prévoit de couvrir intégralement ses besoins en ammoniac par de l’ammoniac vert entre 2030 et 2040, parallèlement à ses investissements dans les renouvelables et le dessalement.

Dans le ciment, l’hydrogène ne pourrait pas remplacer l’ensemble des combustibles nécessaires à la production. Il pourrait néanmoins satisfaire jusqu’à 20 % des besoins en chaleur industrielle à haute température, offrant une possibilité supplémentaire de réduire l’utilisation du charbon et du coke de pétrole.

Plusieurs étapes restent nécessaires pour accélérer ces transformations. L’ONUDI préconise notamment d’avancer sur le cadre réglementaire, la certification de l’hydrogène, la traçabilité des émissions et la coordination entre les différentes institutions concernées.

La création d’une structure nationale consacrée à l’industrialisation de l’hydrogène figure parmi les recommandations. Elle associerait l’État, Masen, l’Iresen, l’ONEE, les industriels et les institutions financières afin de coordonner le développement des projets.

Les travaux menés au cours des deux dernières années ont mobilisé plus de 80 parties prenantes. Ils ont permis d’évaluer les technologies, les besoins en eau, les mécanismes de financement, les exigences de certification et les adaptations réglementaires nécessaires.

Pour le Maroc, cette nouvelle étape doit permettre de transformer les ambitions autour de l’hydrogène vert en projets industriels finançables. L’acier, les engrais et le ciment apparaissent comme les trois principaux terrains d’application, avec à la clé une réduction des émissions mais aussi un enjeu de compétitivité pour les exportations marocaines.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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