Le Maroc accélère ses investissements dans les infrastructures numériques avec l’ambition de renforcer sa place sur le marché africain des data centers et de l’intelligence artificielle. Plusieurs indicateurs soutiennent cette dynamique, de la progression de la fibre aux nouveaux projets de capacités de calcul, en passant par le développement des énergies renouvelables.
Le marché national des télécommunications constitue l’un des premiers socles de cette montée en puissance. À fin mars 2025, le Maroc comptait près de 39,9 millions d’abonnements à Internet, tandis que le parc de fibre optique jusqu’au domicile dépassait 1,12 million de lignes, en progression de 22,7 % sur un an selon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications.
L’effort d’investissement s’étend désormais aux infrastructures directement liées à l’intelligence artificielle. En avril 2026, un projet d’AI Factory associant un data center de calcul haute performance, un centre d’excellence et un hub d’innovation a été lancé. L’investissement annoncé atteint 12 milliards de dirhams en deux phases, pour une capacité cumulée de 36 MW prévue à l’horizon fin 2027.
D’autres projets renforcent cette orientation. À Dakhla, le programme Igoudar Numérique prévoit la mise en place d’un campus de data centers verts comprenant une composante destinée aux besoins souverains du Royaume et une autre ouverte aux investissements privés nationaux et internationaux. Les études nécessaires à son déploiement ont été officiellement engagées en avril 2026.
La question énergétique pèse lourd dans cette course aux capacités de calcul, les centres de données exigeant une alimentation électrique importante et continue. Le Maroc peut s’appuyer sur une stratégie qui vise à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52 % de la puissance électrique installée en 2030. Le ministère de la Transition énergétique situait déjà cette part à 45,3 % de la capacité installée.
Cette combinaison entre infrastructures numériques et capacités énergétiques intervient alors que l’intelligence artificielle accroît rapidement les besoins mondiaux en puissance informatique. La Banque mondiale identifie précisément la connectivité, les capacités de calcul, les données et les compétences comme les quatre fondations nécessaires au développement d’un écosystème performant dans l’IA.
Le Royaume cherche parallèlement à structurer son environnement technologique. En 2025, il a gagné 14 places dans l’indice international évaluant la préparation des gouvernements à l’intelligence artificielle, pour atteindre le 87e rang mondial et la 8e position dans la région MENA, selon les données communiquées par le ministère de la Transition numérique. La feuille de route AI Made in Morocco et le hub régional D4SD développé avec le PNUD figurent parmi les dispositifs engagés dans ce domaine.
La proximité de l’Europe renforce également l’intérêt du Maroc pour les infrastructures de données, notamment pour les services nécessitant des échanges rapides avec les marchés européens et africains. À cette situation géographique s’ajoute le développement des réseaux internationaux de télécommunications et de nouvelles infrastructures numériques.
Le potentiel reste toutefois lié à la capacité du pays à poursuivre l’extension de ses réseaux, sécuriser une alimentation électrique compétitive, accroître les capacités de calcul et former les profils techniques nécessaires. La Banque mondiale relevait encore en 2026 un écart dans l’adoption et surtout dans l’utilisation intensive des technologies numériques avancées par les entreprises marocaines.
Les investissements engagés montrent néanmoins que la bataille des infrastructures d’IA n’est plus seulement prospective au Maroc. Avec l’arrivée de nouvelles capacités de calcul, le développement de campus numériques et la progression des infrastructures de connectivité et d’énergie renouvelable, le Royaume cherche désormais à convertir ses atouts géographiques et énergétiques en capacités industrielles capables de servir le marché marocain et, à terme, une partie de la demande africaine.


