La cargaison d’essence chargée à Tanger et acheminée vers le nord de la Russie n’a toujours pas rejoint le marché local. Arrivé dans la région de Mourmansk, le carburant reste immobilisé alors que les opérateurs russes peinent à s’entendre sur les conditions commerciales de sa mise sur le marché.
L’opération porte sur environ 30 000 tonnes d’essence AI-92, soit près de 40 millions de litres. Le carburant avait été chargé à Tanger à la mi-juillet avant de prendre la direction de Mourmansk, dans l’Arctique russe. Lukoil avait été identifié comme fournisseur de cette cargaison.
Son immobilisation intervient à un moment particulièrement délicat pour le marché russe. Une deuxième vague de pénuries touche actuellement plusieurs régions du pays, après une première période de fortes tensions au printemps et au début de l’été.
Les difficultés concernent désormais au moins une dizaine de régions. Des stations-service sont confrontées à une disponibilité réduite de l’essence, tandis que les volumes échangés sur le marché de gros se sont contractés depuis le début du mois d’août.
La région de Mourmansk figure parmi les territoires confrontés à ces tensions. Située à l’extrême nord-ouest de la Russie, elle avait déjà enregistré des difficultés d’approvisionnement au cours des derniers mois.
Le problème dépasse désormais le seul Grand Nord russe. La nouvelle dégradation de l’approvisionnement intervient après plusieurs attaques contre des raffineries du pays à la fin juillet et au début août. Ces perturbations se combinent à une demande estivale élevée et aux contraintes logistiques qui pèsent sur l’acheminement des carburants.
Face à cette situation, Moscou a multiplié les mesures pour maintenir l’approvisionnement du marché intérieur. Les exportations de carburants ont été restreintes et les importations renforcées, notamment depuis la Biélorussie et le Kazakhstan. La Russie s’est également tournée vers des cargaisons maritimes venues d’autres marchés.
Des volumes d’essence en provenance d’Inde sont ainsi arrivés en Russie en août. Contrairement à la cargaison passée par Tanger, une livraison indienne arrivée dans le port arctique de Vitino a commencé à être acheminée par train vers les acheteurs russes.
Cette différence souligne la difficulté rencontrée à Mourmansk. Le problème n’est plus seulement d’acheminer du carburant jusqu’en Russie, mais de parvenir à l’intégrer à un marché intérieur où les conditions de prix restent très encadrées.
Le cas de la cargaison partie de Tanger illustre ainsi une situation inhabituelle. La Russie, l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole, doit recourir à des circuits d’approvisionnement extérieurs pour compenser les perturbations qui affectent son système de raffinage et la distribution de carburants.
Pour Tanger, l’épisode met surtout en évidence le rôle logistique que peut jouer le port marocain dans les échanges internationaux de produits raffinés. Une cargaison chargée sur la rive sud du détroit de Gibraltar s’est retrouvée quelques semaines plus tard au cœur des tensions d’approvisionnement du marché russe.
À ce stade, aucune information suffisamment établie ne permet de déterminer quand les 30 000 tonnes immobilisées à Mourmansk pourront être effectivement écoulées sur le marché russe.


