L’économie marocaine a maintenu un rythme de croissance soutenu en fin d’année 2025, malgré un net ralentissement de la demande extérieure. C’est ce qu’explique en substance le tout dernier rapport du Haut Commissariat au Plan (HCP). Selon ce document, le produit intérieur brut a progressé de 4 % au quatrième trimestre, un taux identique à celui enregistré durant l’été. Cette dynamique s’est appuyée sur la vigueur persistante de la demande intérieure, le rebond des services non marchands, et l’impact économique de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée en décembre dernier. La croissance pourrait s’accélérer légèrement au début de l’année 2026, portée par une reprise attendue de l’agriculture.
Le troisième trimestre 2025 avait déjà marqué un tournant. Après un premier semestre porté par l’élan des branches industrielles, le pays a vu son expansion ralentir, atteignant 4 % sur un an, contre 4,8 % au printemps et 5,5 % en début d’année. Cette inflexion s’explique par la baisse des commandes adressées aux industries métalliques, électroniques et textiles, qui ont souffert d’un affaiblissement de la demande étrangère. Dans ce contexte, l’immobilier, la finance, l’agriculture et les services non marchands ont contribué à stabiliser l’activité, permettant au PIB de rester au-dessus de sa tendance de long terme.
La croissance a continué de reposer sur la demande intérieure, malgré un léger essoufflement. Les investissements ont été soutenus par les projets publics d’infrastructure et le renouveau de l’équipement des entreprises. La consommation des ménages, en hausse de 3,9 %, a ralenti par rapport aux trimestres précédents. En revanche, le commerce extérieur a continué de peser sur l’économie, amputant la croissance de 4,3 points.
Les équilibres macroéconomiques ont montré une certaine résilience, malgré une pression accrue sur les finances publiques. Le déficit budgétaire s’est alourdi, alors que le besoin de financement global a reculé à 12,3 milliards de dirhams, contre 13,7 milliards au trimestre précédent.
En fin d’année, la tendance s’est maintenue. Si les exportations industrielles ont poursuivi leur recul, les recettes issues des services ont progressé grâce à l’afflux de visiteurs venus assister à la CAN. Les secteurs de l’hébergement, du transport, de la restauration et des loisirs en ont tiré profit. Dans l’ensemble, les exportations ont augmenté de 5,3 %, en baisse par rapport au trimestre précédent. Les importations, en repli, ont permis de réduire l’impact négatif du commerce extérieur sur le PIB à -3,3 points.
Les moteurs internes sont restés solides. L’investissement a grimpé de 11,2 % au quatrième trimestre, soutenu par des conditions de crédit toujours favorables. La consommation des ménages a progressé de 3,8 %, aidée par la hausse des salaires nominaux et le recul de l’inflation. Cette dernière a poursuivi sa décrue pour atteindre -0,1 % sur un an, tirée par la baisse des prix alimentaires, notamment ceux de l’huile d’olive et des viandes, mais aussi par le repli des cours mondiaux des céréales et légumineuses. Les prix non alimentaires ont peu évolué, tandis que l’inflation sous-jacente a reculé à -0,7 %.
Sur le plan monétaire, les crédits à l’économie ont progressé de 6,8 %, portés par les besoins de trésorerie des entreprises et la reprise des prêts à la consommation. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25 %. Les taux créditeurs ont légèrement baissé, tout comme les rendements des bons du Trésor. Le dirham s’est déprécié face à l’euro, mais a gagné 7,3 % contre le dollar.
La Bourse de Casablanca a poursuivi son ascension, malgré une légère correction en novembre. Le MASI a enregistré une hausse de 27,6 % sur un an. La capitalisation a bondi de plus de 38 %, portée par une meilleure visibilité macroéconomique et le repli de l’inflation.
Les perspectives pour le premier trimestre 2026 s’annoncent légèrement plus favorables. La croissance pourrait atteindre 4,2 %, soutenue par une reprise attendue de l’agriculture, grâce à une pluviométrie en hausse de 57 % sur les deux premiers mois de la campagne, et par les mesures de soutien aux agriculteurs. La consommation progresserait de 3,9 %, tandis que l’investissement resterait dynamique (+9,8 %).
Le secteur agricole et les services contribueraient à hauteur de 2,9 points à la croissance globale. La construction repartirait à la hausse après une fin d’année perturbée par les intempéries, alors que l’industrie manufacturière resterait exposée à un environnement extérieur difficile. Les exportations pâtiraient encore de la faiblesse de la demande européenne, des droits de douane américains et des nouvelles contraintes réglementaires imposées par l’Union européenne et la France.
La trajectoire économique marocaine à court terme dépendra donc d’un équilibre fragile entre des pressions extérieures croissantes et des leviers internes qui restent, pour l’heure, solides.
