Le Maroc apparaît en filigrane dans la bataille politique qui entoure à Washington le projet de loi sur les sanctions contre la Russie. Au cœur des discussions figure une mesure tarifaire susceptible d’accorder à Donald Trump de larges pouvoirs commerciaux contre les pays achetant de l’énergie russe ou aidant Moscou à contourner les sanctions.
Le texte prévoit des droits de douane pouvant atteindre 100 % contre les cinq principaux importateurs de pétrole ou de gaz russe, ainsi que contre les pays considérés comme des relais dans l’évasion des sanctions américaines. La Chine et l’Inde figurent parmi les États les plus exposés, tandis que certains partenaires européens et le Japon pourraient également être concernés.
Cette extension du pouvoir tarifaire suscite de fortes réserves au Congrès. Plusieurs démocrates et certains républicains redoutent une nouvelle flambée des prix aux États-Unis et une utilisation trop large de cet outil par la Maison Blanche.
Le cas du Maroc est donc particulier. Des élus républicains réclament déjà des dérogations ciblées afin de protéger certains approvisionnements jugés essentiels pour l’économie américaine.
Les engrais phosphatés marocains ont ainsi bénéficié cette semaine d’un allègement temporaire. Cette décision vise à prévenir une pénurie aggravée par la guerre en Iran et à sécuriser les besoins du marché américain.
L’exemption accordée au Royaume souligne l’importance stratégique des phosphates marocains dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. Elle montre également que Washington cherche à préserver ses relations commerciales avec Rabat malgré le durcissement général de sa politique douanière.
Le débat dépasse désormais les seules sanctions visant Moscou. Pour plusieurs parlementaires, le projet de loi risque de créer un précédent en autorisant le président américain à cibler l’ensemble des exportations d’un pays en raison de ses liens énergétiques avec la Russie.
Le sénateur Rand Paul, seul républicain à avoir voté contre le texte lors d’une étape de procédure, entend proposer un amendement destiné à limiter l’ampleur des droits de douane. D’autres élus pourraient soutenir cette démarche, notamment pour éviter que des partenaires stratégiques soient touchés par des mesures trop générales.
La législation a franchi plusieurs étapes au Sénat avec un large soutien bipartisan. Son adoption à la Chambre des représentants reste toutefois incertaine en raison des élections de novembre et des divisions persistantes autour de la politique tarifaire de Donald Trump.
Le projet autoriserait également le président à lever certaines sanctions contre la Russie pour des motifs de sécurité nationale. Cette disposition alimente la méfiance des démocrates favorables à un soutien renforcé à l’Ukraine.
Le texte prévoit par ailleurs de prolonger de cinq ans les sanctions américaines visant les secteurs énergétique et militaire iraniens. La Maison Blanche souhaite désormais y ajouter de nouvelles mesures tarifaires contre Téhéran.
Dans ce débat, l’exemption accordée aux phosphates marocains place le Royaume dans une position particulière. Elle confirme le poids de ses exportations stratégiques et la nécessité, pour Washington, de distinguer ses partenaires essentiels des pays directement visés par sa politique de sanctions.


