Risma engage une étape décisive de son histoire financière en faisant appel au marché pour accompagner sa trajectoire de croissance. En lançant une augmentation de capital de 450 millions de dirhams, le groupe hôtelier opte pour un renforcement substantiel de ses fonds propres, tout en envoyant un signal clair à la place casablancaise sur ses ambitions de long terme.
Présentée officiellement le 15 janvier à Casablanca, l’opération porte sur l’émission de 1,5 million de nouvelles actions ordinaires, proposées à un prix ferme de 300 dirhams par titre. Chaque action comprend une valeur nominale de 100 dirhams complétée par une prime d’émission de 200 dirhams, l’ensemble étant intégralement libéré en numéraire.
Cette ouverture de capital revêt un caractère particulier. Depuis son introduction en Bourse en 2005, Risma n’a procédé qu’à une seule opération de ce type. Le recours au marché intervient ainsi à un moment charnière du développement du groupe, marqué par une dynamique favorable du secteur touristique et par des besoins d’investissement croissants.
Pour les conseils financiers de l’opération, cette levée de fonds marque l’entrée de Risma dans une nouvelle phase. Le groupe fait le choix assumé de diversifier ses sources de financement et de ne plus s’appuyer exclusivement sur ses actionnaires historiques pour soutenir ses projets structurants.
La période de souscription est prévue du 26 janvier au 30 janvier à 15h30. L’admission des nouvelles actions sur le compartiment principal A de la Bourse de Casablanca est programmée pour le 10 février. Les titres émis seront strictement assimilables aux actions existantes et bénéficieront d’une jouissance courante dès la réalisation définitive de l’opération.
Au-delà de l’aspect financier, cette augmentation de capital traduit une volonté claire d’élargissement de l’actionnariat. L’opération est menée avec suppression du droit préférentiel de souscription, un choix stratégique qui vise à ouvrir davantage le capital au public et à améliorer la liquidité du titre. Le flottant, estimé à environ 10 pour cent avant l’opération, devrait ainsi atteindre près de 20 pour cent une fois l’émission réalisée.
Ce doublement du flottant constitue une évolution notable pour Risma sur le plan boursier. Il doit permettre une diffusion plus large du titre, tant auprès des investisseurs particuliers que des fonds institutionnels, et contribuer à une meilleure animation du marché secondaire.
L’offre a été structurée autour de deux catégories de souscription. Le premier compartiment porte sur un million d’actions, soit près des deux tiers du montant total. Il s’adresse aux investisseurs capables de mobiliser un ticket minimal de 10 000 actions, représentant un investissement de 3 millions de dirhams. Le second compartiment concerne 500 000 actions, sans minimum de souscription, afin de permettre une participation plus large.
Les deux compartiments sont ouverts aux personnes physiques et morales, résidentes ou non résidentes, marocaines ou étrangères, ainsi qu’aux investisseurs qualifiés de droit marocain et international, hors organismes de placement collectif monétaires et obligataires court terme. L’allocation des titres se fera conformément aux règles précisées dans la note d’opération, sur la base de la demande effectivement enregistrée.
Le prix de souscription retenu introduit une décote significative par rapport au marché. Fixé à 300 dirhams, il représente une baisse d’environ 25 pour cent par rapport au cours de clôture observé le 6 janvier 2026. Cette décote résulte d’une valorisation fondée sur les cours moyens pondérés sur différentes périodes, une approche jugée cohérente au regard de la liquidité du titre et de son historique boursier.
À ce niveau de prix, le multiple de valorisation ressort à un ratio de bénéfice proche de 17 fois, contre une moyenne de marché située autour de 21 à 22 fois. Le multiple valeur d’entreprise sur EBITDA s’établit à 11,3 fois. Ces indicateurs positionnent l’opération à des niveaux considérés comme attractifs par rapport aux standards du marché.
Les fonds levés seront principalement affectés au financement des programmes de développement du groupe. Une part significative sera consacrée au refinancement de l’acquisition de la société Centre Multifonctionnel de Guéliz, propriétaire des murs de l’hôtel Radisson Blu Hotel Marrakech Carré Eden et du centre commercial Carré Eden Shopping Center. Cet ensemble immobilier constitue un actif stratégique au cœur de Marrakech.
À ce stade, l’opération n’a pas d’impact sur la structure de gouvernance ni sur l’endettement du groupe. Elle vise avant tout à renforcer les fonds propres consolidés afin de préserver la capacité d’emprunt future et de sécuriser le financement des projets à venir.
Risma inscrit cette démarche dans une logique de croissance progressive et maîtrisée. Le groupe privilégie des implantations dans des zones à fort potentiel touristique ou économique, en sécurisant des emplacements stratégiques sur le long terme. L’acquisition en 2025 d’un terrain d’environ 5 000 mètres carrés sur la corniche de Tanger, face au port et à proximité immédiate du centre-ville, illustre cette stratégie de constitution d’un portefeuille de projets en amont.
Parallèlement, le groupe reste attentif aux opportunités de reprise d’actifs hôteliers existants, notamment lorsque ceux-ci offrent des marges de repositionnement ou de montée en gamme.
À l’issue de l’opération, le nombre total d’actions passera de 14,3 millions à 15,8 millions. Les capitaux propres consolidés progresseront de 1,71 milliard à 2,16 milliards de dirhams, intégrant l’augmentation de capital et la prime d’émission. La dilution des participations historiques s’effectuera sans remise en cause de la stabilité de l’actionnariat institutionnel.
Une augmentation de capital complémentaire de 50 millions de dirhams est par ailleurs prévue au profit des dirigeants du groupe, une fois la première opération finalisée. Ce mécanisme vise à aligner durablement les intérêts du management avec ceux des actionnaires.
Cette dynamique financière s’inscrit dans le cadre plus large de la stratégie nationale du tourisme. Le Maroc s’est fixé pour horizon de figurer parmi les cinq premières destinations touristiques mondiales, avec un objectif de 30 millions de visiteurs. Les projections tablent sur des recettes touristiques avoisinant 120 milliards de dirhams et la création de centaines de milliers d’emplois directs et indirects.
Dans ce contexte, Risma entend jouer un rôle structurant dans la montée en gamme de l’offre hôtelière nationale, l’amélioration de la compétitivité du secteur et l’accélération de la transformation digitale.
Les performances opérationnelles récentes confortent cette trajectoire. À fin septembre 2025, le taux d’occupation atteint 71 pour cent au troisième trimestre, en hausse marquée sur un an. Le chiffre d’affaires trimestriel s’établit à 334 millions de dirhams, en progression de 5 pour cent. Sur les neuf premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires cumulé atteint 987 millions de dirhams, contre 915 millions un an plus tôt.
Les investissements réalisés s’élèvent à 304 millions de dirhams, portés par l’acquisition du terrain à Tanger et la poursuite du programme de rénovation. La dette nette ressort à 1,285 milliard de dirhams. Le groupe anticipe enfin une contribution positive de l’acquisition de CMG, avec un impact estimé à plus 15 pour cent sur le résultat net part du groupe annuel à compter de 2025.
