Le financement des infrastructures ferroviaires africaines était au centre des discussions réunissant, les 14 et 15 octobre 2026 à Rabat, plus de 250 responsables et experts issus de 20 nationalités. Organisée par l’Office national des chemins de fer (ONCF) et l’Union internationale des chemins de fer (UIC), sous le Haut Patronage de S.M le Roi Mohammed VI, cette rencontre s’est achevée par deux annonces majeures, l’adoption de la Déclaration de Rabat et la création de MoveCredits, une coalition destinée à mobiliser les marchés carbone pour soutenir les investissements dans le rail et les transports collectifs.
Pendant deux jours, représentants des pouvoirs publics, institutions financières, investisseurs, industriels et dirigeants ferroviaires ont examiné les difficultés qui freinent la réalisation des projets sur le continent. Dix réseaux ferroviaires étaient représentés à ce forum, dont les travaux ont notamment porté sur les moyens de rendre les investissements plus attractifs pour les organismes de financement.
La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence du secrétaire général du ministère du Transport et de la Logistique, M. Britel, représentant le ministre Abdessamad Kayouh. Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’ONCF, François Davenne, directeur général de l’UIC, Eric Ntagengerwa, responsable du département Transport à la Commission de l’Union africaine, et Asmae Boureddaya, coordinatrice régionale de l’AUDA-NEPAD, ont également pris part à cette rencontre.

Les échanges ont mis en avant plusieurs pistes pour faciliter la mobilisation des capitaux. Les participants se sont notamment penchés sur le financement des réseaux urbains, le développement des liaisons ferroviaires destinées au transport de marchandises et la réalisation de corridors capables de renforcer les échanges entre pays africains.
Une attention particulière a été accordée à la préparation des projets. Pour les investisseurs et les bailleurs de fonds, la qualité des études préalables, la solidité des montages financiers et la capacité des institutions à conduire les opérations constituent des éléments déterminants dans les décisions de financement.
La Déclaration de Rabat, adoptée à la clôture des travaux, prolonge les engagements formulés à Dakar en 2023 lors d’une précédente rencontre consacrée au financement ferroviaire africain. Elle appelle à une coopération plus étroite entre les États, les opérateurs, les organismes financiers et les entreprises pour faciliter la concrétisation des projets.
Le texte encourage notamment le développement de partenariats public-privé, l’association de financements publics et privés, ainsi que le recours à des garanties destinées à réduire les risques supportés par les investisseurs. Les mécanismes de financement climatique, les ressources tirées de la valorisation foncière et les projets d’aménagement articulés autour des transports collectifs figurent également parmi les solutions envisagées.
Les signataires souhaitent par ailleurs que les investissements ferroviaires soient davantage pris en compte dans les politiques climatiques nationales. La Déclaration préconise notamment leur intégration aux Contributions déterminées au niveau national et aux Plans nationaux d’adaptation, deux instruments utilisés dans le cadre des engagements climatiques des pays.
Le forum a également été marqué par le lancement officiel de MoveCredits, une initiative portée par l’UIC pour explorer les possibilités de financement offertes par les marchés carbone.
Cette coalition rassemble des opérateurs de transport, des industriels, des institutions publiques, des acteurs financiers, des chercheurs et des spécialistes techniques. Son travail consistera notamment à élaborer des méthodes permettant de mesurer et de valoriser les réductions d’émissions associées aux projets ferroviaires et aux réseaux de transport collectif.
Les premiers travaux concerneront les transports urbains, les lignes ferroviaires à grande vitesse et le transfert du fret routier vers le train. L’enjeu sera de déterminer dans quelles conditions les économies d’émissions de CO₂ peuvent générer des revenus supplémentaires pour les porteurs de projets.
MoveCredits prévoit également des actions de formation, des échanges d’expertise et l’accompagnement d’opérations pilotes. Ces expérimentations devront permettre d’évaluer les possibilités concrètes d’utilisation des mécanismes carbone dans le financement des infrastructures de transport.
Les perspectives financières avancées par l’UIC sont importantes. Selon une étude de l’organisation, l’extension des réseaux ferroviaires dans les pays à revenu faible et intermédiaire pourrait éviter jusqu’à 1,8 gigatonne d’émissions de CO₂ d’ici 2050.
La valorisation de ces réductions d’émissions représenterait, selon les hypothèses retenues pour l’évolution du prix du carbone, un potentiel de revenus compris entre 27 et 72 milliards de dollars.
Ces montants restent toutefois théoriques. Leur mobilisation dépendra notamment de l’élaboration de méthodes de calcul reconnues, de la vérification des réductions d’émissions et de la mise en place de conditions permettant d’intégrer ces recettes aux plans de financement des projets.
L’électrification des lignes, l’utilisation des énergies renouvelables et le transfert d’une partie du transport routier vers le rail font partie des leviers susceptibles de contribuer à cette démarche.
À travers les décisions prises à Rabat, l’ONCF et l’UIC souhaitent donner une suite opérationnelle aux discussions engagées depuis la rencontre de Dakar. Les deux organisations entendent notamment rapprocher les porteurs de projets des investisseurs et encourager l’émergence de mécanismes financiers adaptés aux besoins des réseaux africains.
La Déclaration de Rabat et MoveCredits constituent ainsi les deux principaux résultats de ce forum, avec l’objectif de faciliter les investissements ferroviaires tout en tenant compte de leur contribution à la réduction des émissions, aux échanges régionaux et au développement des transports collectifs sur le continent.


