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mardi 24 février 2026

L’UE suspend les droits de douane sur les engrais : fausse aubaine pour OCP ?

La décision de la Commission européenne de suspendre pendant un an les droits de douane sur plusieurs engrais azotés s’inscrit dans un contexte de fortes tensions sur le marché agricole européen. L’objectif affiché est clair, alléger la facture des agriculteurs et sécuriser les approvisionnements dans un environnement international instable. Mais l’effet sur les grands fournisseurs mondiaux mérite d’être nuancé.

Bruxelles prévoit d’ouvrir des contingents tarifaires en franchise de droits pour l’ammoniac, l’urée et certains intrants indispensables à la production d’engrais. Tous les pays sont concernés, à l’exception de la Russie et du Bélarus. La Commission estime à 60 millions d’euros l’économie potentielle en droits d’importation pour les acteurs européens. Au-delà du soutien immédiat au secteur agroalimentaire, la mesure vise à diversifier les sources d’approvisionnement et à réduire la dépendance stratégique de l’Union.

Dans ce nouvel équilibre, le OCP Group apparaît comme un acteur clé, mais pas nécessairement comme le principal bénéficiaire direct. Le groupe marocain domine le marché mondial des phosphates et des engrais phosphatés. Or la suspension décidée par Bruxelles cible avant tout les engrais azotés. L’impact immédiat sur les volumes exportés par OCP vers l’Europe demeure donc limité.

Les effets indirects sont en revanche plus complexes. L’exclusion des fournisseurs russes et bélarusses réduit la concurrence de deux acteurs majeurs. Cette configuration peut consolider la position de partenaires jugés fiables, dont OCP fait partie. Dans le même temps, l’ouverture accrue du marché européen à d’autres exportateurs renforce la pression concurrentielle. Une baisse des droits facilite l’entrée de nouveaux fournisseurs, ce qui peut peser sur les prix et réduire les marges.

L’enjeu dépasse par ailleurs la seule question tarifaire. L’Union européenne renforce ses exigences environnementales, notamment à travers le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, pour lequel les engrais ont déjà fait l’objet d’adaptations spécifiques. La compétitivité future des producteurs dépendra autant de leur empreinte carbone que de leurs coûts.

Dans ce contexte, la suspension des droits constitue plutôt une variable supplémentaire dans un marché en recomposition. Pour OCP, l’opportunité existe, mais elle n’est ni automatique ni garantie. Elle dépendra de l’évolution des prix, du jeu concurrentiel et de la capacité du groupe à s’inscrire durablement dans les standards économiques et environnementaux européens.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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